Dire, ne pas dire

Extensions de sens abusives

Mobilité au sens de Moyen de transport

Le 5 septembre 2019

Extensions de sens abusives

Dans sa Réponse à un acte d’accusation, une partie des Contemplations, Victor Hugo écrit ces vers fameux : « Peuple et noblesse, était l’image du royaume ; / La poésie était la monarchie ; un mot / Était un duc et pair, ou n’était qu’un grimaud. »

Le langage de la noblesse s’est peu à peu effacé, mais il est remplacé aujourd’hui par un jargon technocratique et on se prend à rêver quand il ajoute, quelques vers plus loin : « J’ai dit à la narine : Eh mais ! tu n’es qu’un nez ! / J’ai dit au long fruit d’or : Mais tu n’es qu’une poire ! » qu’il sorte de son tombeau pour crier aux (nouvelles) mobilités qu’elles ne sont que des moyens de transport, voire des modes de déplacement.

S’accaparer pour Accaparer

Le 5 septembre 2019

Extensions de sens abusives

Même s’ils ne sont pas liés étymologiquement, les verbes s’emparer et accaparer ne sont pas très éloignés par le sens et ont la même terminaison en -parer. Le premier signifie « se rendre maître de quelque chose par la ruse ou par la force ; en prendre possession », et le second « acheter ou retenir en quantité considérable une denrée, une marchandise, pour la rendre plus chère en la rendant plus rare » : il était accusé d’avoir accaparé tous les blés de la province. Par extension, il signifie aussi « prendre pour soi, capter au détriment d’autrui » : accaparer les places, les faveurs, et enfin « occuper exclusivement » : son travail l’accapare. On veillera à ce que cette proximité n’amène à construire le verbe transitif accaparer, dont un des sens, on l’a vu, est « prendre pour soi » comme le pronominal s’emparer et on ne dira donc pas il s’accapare tous les honneurs.

On dit

On ne dit pas

Ils accaparent les richesses du pays

Elle a accaparé tous les honneurs

Ils s’accaparent les richesses du pays

Elle s’est accaparé tous les honneurs

Affectueux pour Affectif

Le 4 juillet 2019

Extensions de sens abusives

Affectueux signifie « qui manifeste de l’affection, de la tendresse » (on peut dire ainsi d’un enfant qu’il est affectueux), mais aussi « qui exprime l’affection, la tendresse » : un geste, un regard affectueux. Affectif a un sens un peu plus technique et signifie « qui concerne les états de plaisir et de douleur qui touchent la sensibilité » : les émotions, les sentiments sont des phénomènes affectifs. Par extension, ce même adjectif signifie aussi « qui relève de la seule sensibilité, qui est irrationnel », et l’on dira par exemple d’une réaction qu’elle est purement affective. Les sens de ces deux adjectifs semblaient assez éloignés pour que l’on n’use pas d’affectueux quand il faut affectif et pour qu’on ne dise pas affectif quand la langue veut affectueux, mais hélas, l’emploi de ces deux adjectifs est maintenant souvent source d’erreurs.

Conclusif pour Concluant

Le 4 juillet 2019

Extensions de sens abusives

Même si les adjectifs concluant et conclusif remontent, in fine, au latin concludere, « fermer », puis « donner une conclusion, déduire », ils n’ont pas le même sens. Concluant signifie « qui conclut en éliminant toute incertitude, qui prouve bien ce qu’il faut prouver » ; c’est un synonyme de convaincant, probant, décisif. On parlera ainsi d’une preuve concluante ou d’un argument concluant. Conclusif, lui, signifie « qui marque la conclusion d’un raisonnement, d’un discours ». On évoquera ainsi le paragraphe conclusif d’un exposé, ou, en musique, un accord conclusif quand ce dernier marque la fin d’une ligne mélodique. On constate que, sans doute à cause d’une traduction fautive de l’anglais conclusive, l’un est souvent employé pour l’autre et l’on veillera dès lors à éviter cette triste confusion.

On dit

On ne dit pas

Une expérience concluante

Donc est une conjonction conclusive

Une expérience conclusive

Donc est une conjonction concluante

Allumer l’eau

Le 6 juin 2019

Extensions de sens abusives

Le verbe allumer est polysémique. Il signifie d’abord « mettre le feu à une matière combustible » (Allumer un fagot). Par métonymie, on dit aussi allumer sa pipe ou allumer un fourneau. Ensuite, par extension et conformément à son étymologie (allumer vient du latin lumen, « lumière »), ce verbe signifie « enflammer pour produire de la lumière » (allumer une torche), puis « rendre lumineux en établissant un contact électrique » (allumer une lampe, un lustre) et enfin, familièrement, « faire fonctionner un appareil électrique » (allumer l’aspirateur). Comme on le voit, ces extensions sont liées à une idée de chaleur ou de lumière. On n’ajoutera donc pas à ces sens celui de « libérer le passage à ce qui était bloqué », ce qui permettra d’éviter le trop étrange « allumer l’eau ».

On dit

On ne dit pas

Ouvrir le robinet d’eau, faire couler l’eau ou ouvrir l’eau

Allumer l’eau

Il fait taxi, maçon

Le 6 juin 2019

Extensions de sens abusives

Le verbe faire a de très nombreux sens, parmi lesquels celui de « se conformer aux devoirs de sa charge, aux obligations, aux usages de sa condition ; posséder les qualités de son état ». On dira ainsi Ce jeune homme fera un excellent mari ou Il fait un piètre éducateur. On le voit, dans ce cas, l’état en question est précédé d’un article : un (excellent) mari, un (piètre) éducateur.

On veillera en revanche à ne pas employer faire au sens d’« être », ce qui amènerait à transformer ce nom en une sorte d’adjectif attribut.

On dit

On ne dit pas

Il travaille comme plombier

Plus tard il voudrait être acteur

Il fait plombier

Plus tard il voudrait faire acteur

Différent, différend

Le 2 mai 2019

Extensions de sens abusives

Le mot différent est apparu en français au xive siècle dans les Chroniques de Froissart avec le sens de « différence ». On le trouva ensuite comme adjectif et aussi comme nom avec le sens de « différend ». Aujourd’hui, au terme d’une longue évolution orthographique, la graphie avec un t est réservée à l’adjectif, celle avec un d, au nom. Littré, en son temps, contestait pourtant la pertinence de ce choix et écrivait à l’article différent de son Dictionnaire : « L’Académie, dans les quatre premières éditions de son Dictionnaire, a écrit différent par un t, comme l’adjectif. C’est depuis la cinquième édition qu’elle écrit différend par un d. Il est certain que différent adjectif et différend substantif sont le même mot. Êtablir une différence orthographique, est-ce une raison suffisante pour rompre l’analogie ? Cela est d’autant moins nécessaire que dans d’autres mots on n’a plus le même soin et qu’on n’écrit pas incidend substantif et incident adjectif, expédiend substantif et expédient adjectif. »

Mais aujourd’hui cette opposition est bien ancrée dans l’usage et, quoi qu’ait pu écrire Littré à ce sujet, c’est bien la forme différend que l’on doit employer quand on veut évoquer un désaccord ou une contestation entre deux ou plusieurs personnes sur des opinions ou sur des questions d’intérêt. On réservera à différent le sens de « qui diffère, qui présente un ou plusieurs caractères distinctifs par rapport à un autre être, à un autre objet ».

On écrit

On n’écrit pas

C’est à eux de régler ce différend

Ils m’ont demandé d’arbitrer leur différend

C’est à eux de régler ce différent

Ils m’ont demandé d’arbitrer leur différent

J’ai fait un prêt à la banque

Le 2 mai 2019

Extensions de sens abusives

Le plus souvent ceux qui veulent acquérir un bien immobilier sont obligés de recourir à l’emprunt. Ils contactent alors un organisme de crédit, une banque le plus souvent, et, si tout se passe bien, celle-ci leur prête la somme voulue. On peut dire alors qu’ils ont emprunté de l’argent ou qu’ils ont fait un emprunt et que la banque leur a accordé un emprunt ou qu’elle leur a fait un prêt. Il importe de ne pas confondre ces différents termes. C’est la banque qui prête et le particulier qui emprunte ; donc, à moins d’être le représentant d’un organisme de crédit ou d’une institution disposant de suffisamment de fonds pour fournir quelques liquidités à une banque qui en aurait fait la demande, on ne dira pas, ce qui serait un contre-sens, j’ai fait un prêt à la banque, ce que l’on entend malheureusement de plus en plus, mais j’ai fait un emprunt à la banque ou, mieux, j’ai contracté un emprunt auprès d’une banque.

Apposer son veto au sens d’Opposer son veto

Le 4 avril 2019

Extensions de sens abusives

Le verbe apposer est un dérivé de poser et signifie « poser, appliquer sur quelque chose » : On appose une affiche sur un mur, des scellés sur une porte, etc. Il a aussi le sens de « porter, inscrire sur un document » : On appose un visa sur un passeport ou sa signature au bas d’un acte officiel. Ce verbe a un paronyme, opposer, qui est emprunté, avec influence de poser, du latin opponere, « placer devant », « se dresser contre quelqu’un », « opposer comme obstacle, comme objection ». Apposer s’emploie donc essentiellement avec des noms concrets tandis qu’opposer peut s’employer avec des noms abstraits. Comme le nom veto désigne un droit reconnu par certaines constitutions au chef de l’État de s’opposer à la promulgation d’une loi votée par l’Assemblée législative et, par extension et par affaiblissement, une opposition, un refus ou une interdiction, c’est opposer un veto qu’il faut dire, (comme on dit opposer un refus, opposer une fin de non-recevoir), et non apposer un veto.

Méthodologie pour Méthode

Le 4 avril 2019

Extensions de sens abusives

Nous avons vu naguère que l’on employait souvent problématique quand c’est problème qu’il fallait utiliser. Ce type de substitution se retrouve ailleurs : un certain nombre de noms terminés par -logie ont été empruntés du grec, directement ou par l’intermédiaire du latin, tels qu’archéologie ou astrologie. Par la suite -logie, tiré du grec logos, « parole, discours, traité », est devenu un suffixe du français très productif et a souvent été utilisé pour former des noms de disciplines scientifiques, comme cardiologie ou minéralogie. Mais ce suffixe ne doit pas être employé dans le but de donner un vernis scientifique à des termes, en particulier abstraits, quand c’est la forme non suffixée que l’on devrait employer. C’est ce qui se passe, hélas trop souvent, avec le couple méthode / méthodologie. Rappelons que la méthode est une manière de conduire sa pensée, d’établir ou de démontrer une vérité suivant certains principes et avec un certain ordre, alors que la méthodologie est, elle, l’étude des méthodes de recherche et d’analyse propres à une science, à une discipline. Si on peut dire que la méthodologie en recherche scientifique a fait faire des progrès considérables à la médecine, on dira : agir avec méthode et non avec méthodologie.

On dit

On ne dit pas

Vous n’avez pas adopté la bonne méthode

Les pédagogues recommandent cette méthode d’apprentissage

Vous n’avez pas adopté la bonne méthodologie

Les pédagogues recommandent cette méthodologie d’apprentissage

Pages