Dire, ne pas dire

Extensions de sens abusives

Affectueux pour Affectif

Le 4 juillet 2019

Extensions de sens abusives

Affectueux signifie « qui manifeste de l’affection, de la tendresse » (on peut dire ainsi d’un enfant qu’il est affectueux), mais aussi « qui exprime l’affection, la tendresse » : un geste, un regard affectueux. Affectif a un sens un peu plus technique et signifie « qui concerne les états de plaisir et de douleur qui touchent la sensibilité » : les émotions, les sentiments sont des phénomènes affectifs. Par extension, ce même adjectif signifie aussi « qui relève de la seule sensibilité, qui est irrationnel », et l’on dira par exemple d’une réaction qu’elle est purement affective. Les sens de ces deux adjectifs semblaient assez éloignés pour que l’on n’use pas d’affectueux quand il faut affectif et pour qu’on ne dise pas affectif quand la langue veut affectueux, mais hélas, l’emploi de ces deux adjectifs est maintenant souvent source d’erreurs.

Conclusif pour Concluant

Le 4 juillet 2019

Extensions de sens abusives

Même si les adjectifs concluant et conclusif remontent, in fine, au latin concludere, « fermer », puis « donner une conclusion, déduire », ils n’ont pas le même sens. Concluant signifie « qui conclut en éliminant toute incertitude, qui prouve bien ce qu’il faut prouver » ; c’est un synonyme de convaincant, probant, décisif. On parlera ainsi d’une preuve concluante ou d’un argument concluant. Conclusif, lui, signifie « qui marque la conclusion d’un raisonnement, d’un discours ». On évoquera ainsi le paragraphe conclusif d’un exposé, ou, en musique, un accord conclusif quand ce dernier marque la fin d’une ligne mélodique. On constate que, sans doute à cause d’une traduction fautive de l’anglais conclusive, l’un est souvent employé pour l’autre et l’on veillera dès lors à éviter cette triste confusion.

On dit

On ne dit pas

Une expérience concluante

Donc est une conjonction conclusive

Une expérience conclusive

Donc est une conjonction concluante

Allumer l’eau

Le 6 juin 2019

Extensions de sens abusives

Le verbe allumer est polysémique. Il signifie d’abord « mettre le feu à une matière combustible » (Allumer un fagot). Par métonymie, on dit aussi allumer sa pipe ou allumer un fourneau. Ensuite, par extension et conformément à son étymologie (allumer vient du latin lumen, « lumière »), ce verbe signifie « enflammer pour produire de la lumière » (allumer une torche), puis « rendre lumineux en établissant un contact électrique » (allumer une lampe, un lustre) et enfin, familièrement, « faire fonctionner un appareil électrique » (allumer l’aspirateur). Comme on le voit, ces extensions sont liées à une idée de chaleur ou de lumière. On n’ajoutera donc pas à ces sens celui de « libérer le passage à ce qui était bloqué », ce qui permettra d’éviter le trop étrange « allumer l’eau ».

On dit

On ne dit pas

Ouvrir le robinet d’eau, faire couler l’eau ou ouvrir l’eau

Allumer l’eau

Il fait taxi, maçon

Le 6 juin 2019

Extensions de sens abusives

Le verbe faire a de très nombreux sens, parmi lesquels celui de « se conformer aux devoirs de sa charge, aux obligations, aux usages de sa condition ; posséder les qualités de son état ». On dira ainsi Ce jeune homme fera un excellent mari ou Il fait un piètre éducateur. On le voit, dans ce cas, l’état en question est précédé d’un article : un (excellent) mari, un (piètre) éducateur.

On veillera en revanche à ne pas employer faire au sens d’« être », ce qui amènerait à transformer ce nom en une sorte d’adjectif attribut.

On dit

On ne dit pas

Il travaille comme plombier

Plus tard il voudrait être acteur

Il fait plombier

Plus tard il voudrait faire acteur

Différent, différend

Le 2 mai 2019

Extensions de sens abusives

Le mot différent est apparu en français au xive siècle dans les Chroniques de Froissart avec le sens de « différence ». On le trouva ensuite comme adjectif et aussi comme nom avec le sens de « différend ». Aujourd’hui, au terme d’une longue évolution orthographique, la graphie avec un t est réservée à l’adjectif, celle avec un d, au nom. Littré, en son temps, contestait pourtant la pertinence de ce choix et écrivait à l’article différent de son Dictionnaire : « L’Académie, dans les quatre premières éditions de son Dictionnaire, a écrit différent par un t, comme l’adjectif. C’est depuis la cinquième édition qu’elle écrit différend par un d. Il est certain que différent adjectif et différend substantif sont le même mot. Êtablir une différence orthographique, est-ce une raison suffisante pour rompre l’analogie ? Cela est d’autant moins nécessaire que dans d’autres mots on n’a plus le même soin et qu’on n’écrit pas incidend substantif et incident adjectif, expédiend substantif et expédient adjectif. »

Mais aujourd’hui cette opposition est bien ancrée dans l’usage et, quoi qu’ait pu écrire Littré à ce sujet, c’est bien la forme différend que l’on doit employer quand on veut évoquer un désaccord ou une contestation entre deux ou plusieurs personnes sur des opinions ou sur des questions d’intérêt. On réservera à différent le sens de « qui diffère, qui présente un ou plusieurs caractères distinctifs par rapport à un autre être, à un autre objet ».

On écrit

On n’écrit pas

C’est à eux de régler ce différend

Ils m’ont demandé d’arbitrer leur différend

C’est à eux de régler ce différent

Ils m’ont demandé d’arbitrer leur différent

J’ai fait un prêt à la banque

Le 2 mai 2019

Extensions de sens abusives

Le plus souvent ceux qui veulent acquérir un bien immobilier sont obligés de recourir à l’emprunt. Ils contactent alors un organisme de crédit, une banque le plus souvent, et, si tout se passe bien, celle-ci leur prête la somme voulue. On peut dire alors qu’ils ont emprunté de l’argent ou qu’ils ont fait un emprunt et que la banque leur a accordé un emprunt ou qu’elle leur a fait un prêt. Il importe de ne pas confondre ces différents termes. C’est la banque qui prête et le particulier qui emprunte ; donc, à moins d’être le représentant d’un organisme de crédit ou d’une institution disposant de suffisamment de fonds pour fournir quelques liquidités à une banque qui en aurait fait la demande, on ne dira pas, ce qui serait un contre-sens, j’ai fait un prêt à la banque, ce que l’on entend malheureusement de plus en plus, mais j’ai fait un emprunt à la banque ou, mieux, j’ai contracté un emprunt auprès d’une banque.

Apposer son veto au sens d’Opposer son veto

Le 4 avril 2019

Extensions de sens abusives

Le verbe apposer est un dérivé de poser et signifie « poser, appliquer sur quelque chose » : On appose une affiche sur un mur, des scellés sur une porte, etc. Il a aussi le sens de « porter, inscrire sur un document » : On appose un visa sur un passeport ou sa signature au bas d’un acte officiel. Ce verbe a un paronyme, opposer, qui est emprunté, avec influence de poser, du latin opponere, « placer devant », « se dresser contre quelqu’un », « opposer comme obstacle, comme objection ». Apposer s’emploie donc essentiellement avec des noms concrets tandis qu’opposer peut s’employer avec des noms abstraits. Comme le nom veto désigne un droit reconnu par certaines constitutions au chef de l’État de s’opposer à la promulgation d’une loi votée par l’Assemblée législative et, par extension et par affaiblissement, une opposition, un refus ou une interdiction, c’est opposer un veto qu’il faut dire, (comme on dit opposer un refus, opposer une fin de non-recevoir), et non apposer un veto.

Méthodologie pour Méthode

Le 4 avril 2019

Extensions de sens abusives

Nous avons vu naguère que l’on employait souvent problématique quand c’est problème qu’il fallait utiliser. Ce type de substitution se retrouve ailleurs : un certain nombre de noms terminés par -logie ont été empruntés du grec, directement ou par l’intermédiaire du latin, tels qu’archéologie ou astrologie. Par la suite -logie, tiré du grec logos, « parole, discours, traité », est devenu un suffixe du français très productif et a souvent été utilisé pour former des noms de disciplines scientifiques, comme cardiologie ou minéralogie. Mais ce suffixe ne doit pas être employé dans le but de donner un vernis scientifique à des termes, en particulier abstraits, quand c’est la forme non suffixée que l’on devrait employer. C’est ce qui se passe, hélas trop souvent, avec le couple méthode / méthodologie. Rappelons que la méthode est une manière de conduire sa pensée, d’établir ou de démontrer une vérité suivant certains principes et avec un certain ordre, alors que la méthodologie est, elle, l’étude des méthodes de recherche et d’analyse propres à une science, à une discipline. Si on peut dire que la méthodologie en recherche scientifique a fait faire des progrès considérables à la médecine, on dira : agir avec méthode et non avec méthodologie.

On dit

On ne dit pas

Vous n’avez pas adopté la bonne méthode

Les pédagogues recommandent cette méthode d’apprentissage

Vous n’avez pas adopté la bonne méthodologie

Les pédagogues recommandent cette méthodologie d’apprentissage

Regrets et Remords

Le 11 mars 2019

Extensions de sens abusives

Le remords est le sentiment de culpabilité que l’on éprouve quand on a commis une faute ou, comme on pouvait le lire dans la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française, le « reproche violent que le coupable reçoit de sa conscience », alors que le regret c’est le « déplaisir d’avoir perdu un bien qu’on possédait, ou d’avoir manqué celui que l’on aurait pu acquérir ». Ce dernier peut aussi désigner, par affaiblissement, la contrariété que l’on a à faire ce qui nous déplaît ou déplaît à autrui. On en a un témoignage avec l’expression à regret, « avec répugnance, sans plaisir », popularisée par la locution l’abbaye de monte-à-regret, qui, dans l’argot des voleurs et depuis Mandrin, a désigné la potence puis la guillotine.

Révolver pour Pistolet

Le 11 mars 2019

Extensions de sens abusives

Le révolver et le pistolet sont des armes de poing, mais il existe d’importantes différences de l’un à l’autre. Le pistolet est plus ancien ; il date du xvie siècle et a, aujourd’hui, un chargeur vertical, situé généralement dans la crosse. Le révolver n’est apparu qu’au xixe siècle et ce nom lui a été donné par son inventeur, l’Américain John Colt, parce que cette arme est munie d’un barillet qui tourne (to revolve, en anglais, une forme empruntée du latin revolvere, « rouler, ramener en arrière ») ; c’est ce barillet, situé à l’arrière du canon, qui fait office de chargeur. On signalera donc que si Lucky Luke et les personnages des westerns tirent avec un révolver, (parfois appelé aussi familièrement un « six-coups »), ceux des films de série noire sont armés d’un pistolet.

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