Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Au sud de la France pour Dans le Sud de la France

Le 7 mai 2020

Emplois fautifs

La préposition à (éventuellement combinée avec les articles définis le, la, les) et la préposition dans ont parfois des sens proches, par exemple dans des propositions comme Il est dans le champ et Il est au champ. Mais si l’on emploie ces deux prépositions avec un nom de point cardinal et deux entités géographiques pour les situer l’une par rapport à l’autre, alors leurs sens diffèrent. On distinguera ainsi au sud de, qui indique que la première entité n’est pas incluse dans la seconde, et dans le Sud de, qui indique que la première entité est située dans celle qui suit.

On dira ainsi Marseille est dans le Sud de la France et L’Espagne est au sud de la France, et non Marseille est au sud de la France ni L’Espagne est dans le Sud de la France.

On dit

On ne dit pas

Le Danemark est au sud de la Suède

Strasbourg est dans l’Est de la France

Le Portugal est à l’ouest de l’Espagne

Le Danemark est dans le Sud de la Suède

Strasbourg est à l’est de la France

Le Portugal est dans l’Ouest de l’Espagne

Car, pour, par et avec prononcés careu, poureu, pareu et avecqueu

Le 7 mai 2020

Emplois fautifs

L’élision d’un e dit « muet » est la marque d’une langue familière ou populaire ; on la trouve par exemple quand le groupe je te devient j’te (prononcé ch’te). Mais on trouve aussi l’erreur inverse, qui consiste à ajouter des e quand il ne devrait pas y en avoir, particulièrement en fin de mot, ce qui fait que les prépositions car, pour, par et avec en viennent à être prononcées careu, poureu, pareu et avecqueu. Bien souvent ces eu superfétatoires sont employés par le locuteur pour se donner du temps quand il cherche ses mots ou à mettre de l’ordre dans ses idées. Il n’en reste pas moins qu’ils doivent être, autant que faire se peut, proscrits de la langue courante.

On dit

On ne dit pas

Il n’est pas venu car il pleuvait

Elle est venue avec sa sœur

Il n’est pas venu careu il pleuvait

Elle est venue avecqueu sa sœur

Le covid 19 ou La covid 19

Le 7 mai 2020

Emplois fautifs

Covid est l’acronyme de corona virus disease, et les sigles et acronymes ont le genre du nom qui constitue le noyau du syntagme dont ils sont une abréviation. On dit ainsi la S.N.C.F. (Société nationale des chemins de fer) parce que le noyau de ce groupe, société, est un nom féminin, mais le C.I.O. (Comité international olympique), parce que le noyau, comité, est un nom masculin. Quand ce syntagme est composé de mots étrangers, le même principe s’applique. On distingue ainsi le FBI, Federal Bureau of Investigation, « Bureau fédéral d’enquête », de la CIA, Central Intelligence Agency, « Agence centrale de renseignement », puisque dans un cas on traduit le mot noyau par un nom masculin, bureau, et dans l’autre, par un nom féminin, agence. Corona virus disease – notons que l’on aurait pu préférer au nom anglais disease le nom latin morbus, de même sens et plus universel – signifie « maladie provoquée par le corona virus (“virus en forme de couronne”) ». On devrait donc dire la covid 19, puisque le noyau est un équivalent du nom français féminin maladie. Pourquoi alors l’emploi si fréquent du masculin le covid 19 ? Parce que, avant que cet acronyme ne se répande, on a surtout parlé du corona virus, groupe qui doit son genre, en raison des principes exposés plus haut, au nom masculin virus. Ensuite, par métonymie, on a donné à la maladie le genre de l’agent pathogène qui la provoque. Il n’en reste pas moins que l’emploi du féminin serait préférable et qu’il n’est peut-être pas trop tard pour redonner à cet acronyme le genre qui devrait être le sien.

Les gestes barrière ou Les gestes barrières

Le 7 mai 2020

Emplois fautifs

Comment faire l’accord au pluriel d’un groupe composé de deux noms apposés ? Quand il y a identité entre les deux éléments, les deux prennent la marque du pluriel : on écrit ainsi des danseuses étoiles parce que ces danseuses sont des étoiles. Le contexte permet d’ailleurs bien souvent de dire simplement des étoiles. S’il n’y a pas identité, seul le premier élément prend la marque du pluriel, on écrit donc des films culte parce que ces films font l’objet d’un culte, mais n’en sont pas ; on ne dit jamais, parlant d’eux, des cultes. S’agissant de geste barrière, on peut considérer que ces gestes forment une barrière et préférer le singulier, mais dans la mesure où l’on peut aussi dire que ces gestes sont des barrières, l’accord au pluriel semble le meilleur choix, et le plus simple. On écrira donc des gestes barrières.

Bétonnisation pour Bétonnage

Le 2 avril 2020

Emplois fautifs

Il en va de nos manières de nous exprimer comme des couleurs ou des formes de nos vêtements, des coupes de cheveux ou de nos habitudes alimentaires : elles n’échappent pas aux phénomènes de mode. Depuis quelque temps déjà, les noms en -isation connaissent une vogue certaine, ce suffixe semblant lester le nom qu’il vient compléter d’un poids de sérieux bienvenu. C’est sans doute la raison qui explique la bonne santé d’un mot récemment apparu, bétonnisation, qui désigne l’action de bétonner et le résultat de cette action. Deux sens qu’avait pourtant déjà le mot bétonnage. Quand, à partir des années 1970, on a critiqué le bétonnage des côtes, ce qui était dénoncé n’était pas différent de ce qui l’est aujourd’hui quand on évoque la bétonnisation des terres agricoles. Ce nom, même s’il est plus long, n’ajoute rien à ce que dit bétonnage, il est donc préférable de s’en passer.

Il la répugne pour Il lui répugne

Le 2 avril 2020

Emplois fautifs

Les pronoms personnels compléments d’objet direct et compléments d’objet indirect ont la même forme aux premières et deuxièmes personnes : il m’embête, il t’aime, elle nous attend et elle vous préviendra pour les pronoms personnels C.O.D., et il me parle, je te dis, elles nous mentent et elle vous obéit pour les pronoms personnels C.O.I. Mais les formes de troisièmes personnes sont différentes : il l’embête, il l’aime, elle les attend et elle les préviendra pour les premiers, tandis que l’on a il lui parle, il lui dit, elles leur mentent et elle leur obéit pour les seconds. Ce fait amène trop souvent, par analogie, des erreurs pour certains verbes transitifs indirects qui sont construits comme des verbes transitifs directs. C’est, entre autres, le cas avec le verbe répugner, qui est un verbe intransitif. On dit Cela me, te, nous, vous répugne, mais on doit dire cela lui, leur répugne et non cela le, la, les répugne.

On dit

On ne dit pas

Son attitude lui répugne

De tels personnages leur répugnent

Ce plat lui répugne

Son attitude le, la répugne

De tels personnages les répugnent

Ce plat le, la répugne

Les #oints ou Les z’oints

Le 2 avril 2020

Emplois fautifs

On n’hésite guère sur la prononciation des mots d’usage courant, mais il en va tout autrement de ceux qui sont peu usités. Ainsi, nombreux sont ceux qui se demandent si oint se lie au mot qui le précède et si ce dernier, le cas échéant, s’élide devant lui. Rappelons donc que, de même que l’on dit l’onction et non la onction, et que des textes religieux évoquent l’oint du Seigneur et non le oint, on doit dire les z’oints (comme on dit les z’onctions) et non les#oints. Signalons aussi que dans le poème de Verlaine, La Mort de Philippe II, il faut lire « L’infant, certes, était coupable […] de conspirer […] / Et contre un Père, et contre un Maître, et contre un [n’]Oint ! » [et non contre un#Oint]. Il en va de même du verbe oindre : on dit pour l’oindre et ils s’oignent et non pour le oindre et ils se oignent.

Les hauts fonds et Les haut-parleurs

Le 2 avril 2020

Emplois fautifs

Un certain nombre d’adjectifs peuvent s’employer adverbialement et ils deviennent alors invariables : c’est le cas dans ouvrir grand les yeux, des tomates frais cueillies, une indemnité de six mille euros brut, une cloison qui sonne creux, des blés semés dru. (Il y a cependant quelques exceptions : pour des raisons d’euphonie ou selon d’anciens usages du français, quelques adjectifs, employés adverbialement devant un adjectif qu’ils modifient, s’accordent. C’est, par exemple, le cas de frais, bon ou grand : des roses fraîches écloses, les bras grands ouverts ; devant la maison aux fenêtres grandes ouvertes, la jeune fille apparut, court vêtue et fin prête) Il convient donc de bien analyser la valeur de ces adjectifs puisque de celle-ci, adjectivale ou adverbiale, dépend le fait que l’on fera ou non l’accord ; ainsi, on distinguera les hauts fonds, locution dans laquelle hauts a sa pleine valeur d’adjectif, des haut-parleurs, nom composé qui désigne un appareil destiné à amplifier la voix et non un orateur de grande taille, et dans lequel haut, qui joue le rôle d’un adverbe, n’a plus sa valeur d’adjectif.

On dit

On ne dit pas

Des tomates hachées fin

Une lettre écrite petit

Il a eu la jambe brisée net

Des tomates hachées fines

Une lettre écrite petite

Il a eu la jambe brisée nette

Cette situation interroge

Le 5 mars 2020

Emplois fautifs

Le verbe interroger est un verbe transitif direct ; il convient donc de le construire avec un complément d’objet direct. C’est pourquoi on évitera le tour qui consiste à l’employer sans complément ; l’on se gardera également du tic de langage qui fait que l’on remplace le nom de personne qui est normalement sujet de ce verbe par un nom abstrait comme situation, drame, misère, etc. Rappelons que ces remarques s’appliquent également au verbe interpeller.

On dit

On ne dit pas

Cette situation pousse à s’interroger

Une telle misère nous amène à nous interroger, s’impose à notre attention

Cette situation interroge

Une telle misère nous interroge, nous interpelle

Et oui ou Eh oui

Le 5 mars 2020

Emplois fautifs

Eh oui est une locution interjective que l’on emploie, souvent après un temps de réflexion, lorsque l’on admet quelque chose à regret, ou pour faire un aveu difficile ou étonnant. Ainsi, en 1940, Gide écrit dans son Journal : « Eh oui ! Je ris avec Courteline, irrésistiblement parfois. » Rappelons que, pour former cette locution, il faut que le premier élément soit l’interjection eh ! et non la conjonction de coordination et. Cette locution, qui relève plus du langage parlé que de l’écrit, se trouve souvent chez des écrivains qui s’attachent à retranscrire au plus près l’oral, comme Maupassant, Zola, Barbusse, Ramuz, Prévert ou Pagnol.

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