Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

À cause que

Le 04 mai 2017

Emplois fautifs

Cette locution conjonctive a appartenu à la langue classique. On la lit, entre autres, chez Pascal. Elle fut encore défendue par les grands lexicographes Bescherelle et Littré, qui estimaient qu’elle devait être conservée car elle avait pour elle l’appui de bons auteurs, comme Baudelaire ou Sand, mais elle était déjà considérée comme vieillie par la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française. Les auteurs qui l’utilisent encore à l’heure actuelle le font par affectation d’archaïsme ou de trivialité. On la rencontre ainsi dans le Voyage au bout de la nuit de Céline : « Ils s’épiaient entre eux comme des bêtes sans confiance souvent battues. […] Quand ils vous parlaient on évitait leur bouche à cause que le dedans des pauvres sent déjà la mort. » En dehors de ce type d’emploi, c’est parce que qu’il convient d’employer aujourd’hui.

 

on dit

on disait

Il a été condamné parce qu’il conspirait contre l’État

Je n’irai pas parce qu'il est trop tard

Il a été condamné à cause qu’il conspirait contre l’État

Je n’irai pas à cause qu’il est trop tard

 

Chaque dix minutes

Le 04 mai 2017

Emplois fautifs

Chaque est un adjectif indéfini singulier. Il a une valeur distributive et ne doit s’employer qu’avec des noms singuliers, quand bien même il est sémantiquement proche de formes comme tout ou tous les : Chaque homme veut être heureux, tout homme veut être heureux, tous les hommes veulent être heureux. On ne dit donc pas chaque dix minutes, mais toutes les dix minutes.

 

on dit

on ne dit pas

Toutes les deux heures passe un train

Tous les cent mètres, il y a un guetteur

Chaque deux heures passe un train

Chaque cent mètres, il y a un guetteur

 

Dénoter d’un grand courage

Le 04 mai 2017

Emplois fautifs

Le verbe dénoter est un verbe transitif, c’est-à-dire que son complément n’est pas introduit par une préposition, contrairement au verbe témoigner de dont le sens est proche. On dit donc son geste dénote un grand courage et non son geste dénote d’un grand courage. On peut, bien sûr, rencontrer dénoter de si de n’est pas une préposition mais une autre forme de l’adjectif indéfini des, ce qui est le cas quand il est suivi d’un adjectif antéposé comme dans son devoir dénote de remarquables qualités de synthèse, ou s’il entre dans la composition d’un article partitif, comme dans des frissons qui dénotent de la fièvre.

 

on dit

on ne dit pas

Des tableaux qui dénotent un talent certain

Tout en elle dénote un heureux caractère

Des tableaux qui dénotent d’un talent certain

Tout en elle dénote d’un heureux caractère

 

En face l’église, en face la mairie

Le 04 mai 2017

Emplois fautifs

Dans la langue classique, près s’employait parfois pour près de : habiter près le palais-Royal. Cet emploi s’est maintenu dans le vocabulaire diplomatique et juridique : il est ambassadeur de France près le Saint-Siège, avocat près la cour de Cassation. En dehors de ces cas, on doit employer près de. Il en va de même pour les formes en face le, en face la, qui relèvent d’un emploi régional ou se rencontrent quand un auteur veut donner un caractère très populaire à ses propos. Ainsi, dans Splendeurs et misères des courtisanes, Asie, une entremetteuse qui est aussi la tante de Vautrin, s’adresse au baron de Nucingen en ces termes : « Mon gros père, tu viendras ce soir avec ta voiture, par exemple, en face le gymnase. » Mais dans l’usage courant, c’est bien sûr en face du et en face de la que l’on doit employer.

 

on dit

on ne dit pas

Sa maison est en face du cinéma

Il l’attendait en face de la fontaine

Sa maison est en face le cinéma

Il l’attendait en face la fontaine

 

Demander à ce que

Le 06 avril 2017

Emplois fautifs

Le tour demander à ce que est assez récent. Au début du vingtième siècle, il ne figurait dans aucun dictionnaire. Quand il apparaît, à son sujet grammatici certant, « les grammairiens débattent ». Certains le considèrent comme fautif. Quelques-uns, moins sévères, constatent bien que la locution conjonctive à ce que résulte d’un étrange mélange entre la construction où l’objet est une subordonnée complétive (demander que l’on se taise) et celle où l’objet est un infinitif prépositionnel (demander à sortir), mais n’en blâment pas pour autant l’usage. D’autres enfin proscrivent ce tour en signalant qu’il est inutilement lourd. Nous partageons ce point de vue et nous rappellerons donc que demander à ce que n’ajoute rien au sens de demander que et que, en matière de langue, le plus souvent, entre deux mots ou locutions, il faut choisir les moindres.

 

on dit

on ne dit pas

Je demande qu’on m’apporte le journal

 

Le professeur demande que les élèves soient à l’heure

Je demande à ce qu’on m’apporte le journal

Le professeur demande à ce que les élèves soient à l’heure

 

Égayer pour Égailler

Le 06 avril 2017

Emplois fautifs

Ces deux verbes diffèrent par le sens mais aussi par la prononciation. Dans égayer le y joue un double rôle phonétique : il modifie le son du a qui le précède en le faisant passer au son è ou é ; il a, de plus, la valeur de la semi-consonne yod au début de la syllabe finale qu’on prononce donc (on notera bien sûr qu’à certaines personnes de la conjugaison, ce y est remplacé par un i et qu’alors cette semi-consonne ne se fait plus entendre : nous égayons mais il égaie). Il n’en va pas de même dans égailler, où le i ne modifie en rien le timbre du a qui le précède et ne sert qu’à produire une mouillure dans la prononciation du groupe ll qui le suit, comme dans paille ou bailler. D’autre part, égayer signifie « rendre plus gai, donner une apparence agréable », alors qu’égailler, qui s’emploie essentiellement à la forme pronominale, signifie « se disperser dans toutes les directions ». On s’efforcera donc de ne pas employer l’un pour l’autre et de veiller à leur juste prononciation.

 

on dit

on ne dit pas

Un bouquet de fleurs égayait le salon

Les enfants se sont égaillés dans la cour de récréation

Un bouquet de fleurs égaillait le salon

Les enfants se sont égayés dans la cour de récréation

 

Elle s’est pris à son propre piège, elle s’est mis au travail

Le 06 avril 2017

Emplois fautifs

Les verbes mettre et prendre sont très fréquents dans notre langue et se terminent en -is au participe passé : elle a pris son chapeau, il a mis sa veste. Ces verbes obéissent aux règles d’accord des participes passés. On doit donc dire la veste qu’il a mise, les chaussettes qu’il a prises et, généralement, ces accords sont respectés. Mais force est de constater que, sans que l’on sache pourquoi, ils sont souvent oubliés dans les tournures pronominales. On rappellera donc que ces accords sont nécessaires, et que ne pas les faire est une grave faute.

 

on dit

on ne dit pas

Elle s’est prise à son propre piège

Elles se sont mises à la peinture

Elle s’est pris à son propre piège

Elles se sont mis à la peinture

 

Perfectionnable

Le 06 avril 2017

Emplois fautifs

L’adjectif perfectible a été créé par Voltaire qui l’employa d’abord dans l’introduction de son Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, paru en 1756. Cet adjectif, dérivé savant du latin perfectus, « accompli, parfait », a pour lui deux siècles et demi d’existence et un père prestigieux dans le monde des lettres. C’est donc lui que l’on emploie quand on veut dire que telle ou telle chose peut-être perfectionnée. On se gardera bien de substituer à perfectible le néologisme inutile perfectionnable, que l’on commence à entendre ici ou là.

 

on dit

on ne dit pas

Son jeu est de qualité, mais il est encore perfectible

L’homme est un être perfectible

Son jeu est de qualité, mais il est encore perfectionnable

L’homme est un être perfectionnable

 

Appositions fautives

Le 02 mars 2017

Emplois fautifs

Les participes passés et présents sont souvent employés en apposition à un nom présent dans la phrase. Ce type de construction est parfaitement correct et l’on peut dire Guéri, Paul reprit toutes ses activités. Mais il faut absolument que le sujet du verbe soit celui auquel se rapporte le participe en apposition. On dira ainsi : Déçu par de mauvaises ventes, le libraire retira le livre des étals mais non Déçu par de mauvaises ventes, le livre fut retiré des étals.

 

on dit

on ne dit pas

Apprenant la nouvelle, il avança son départ

 

Absent pour le moment, je ne puis vous répondre

Apprenant la nouvelle, son départ fut avancé

Absent pour le moment, vous pouvez laisser un message

 

Elle s’est permise

Le 02 mars 2017

Emplois fautifs

Le verbe permettre se construit avec un complément direct, indiquant ce qu’on autorise, et un complément indirect indiquant à qui on l’autorise : le médecin ne lui permet plus le sucre. Le premier peut être remplacé par un infinitif prépositionnel (je lui permets de sortir) ou une complétive (la pluie et le vent ne permettent pas que nous nous promenions).

Quand permettre est à la forme pronominale, le pronom complément me, te, se, nous ou vous est complément indirect et ne commande donc pas l’accord : elle s’est permis d’étranges remarques. Mais on dira l’intervention qu’il s’est permise, puisque le complément direct du verbe, le pronom relatif qu(e) reprenant le nom féminin intervention, est placé avant le verbe.

 

on dit

on ne dit pas

Elle s’est permis d’arriver en retard

Les libertés qu’il s’est permises avec le règlement

Elle s’est permise d’arriver en retard

Les libertés qu’il s’est permis avec le règlement

 

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