Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Demander à ce que

Le 06 avril 2017

Emplois fautifs

Le tour demander à ce que est assez récent. Au début du vingtième siècle, il ne figurait dans aucun dictionnaire. Quand il apparaît, à son sujet grammatici certant, « les grammairiens débattent ». Certains le considèrent comme fautif. Quelques-uns, moins sévères, constatent bien que la locution conjonctive à ce que résulte d’un étrange mélange entre la construction où l’objet est une subordonnée complétive (demander que l’on se taise) et celle où l’objet est un infinitif prépositionnel (demander à sortir), mais n’en blâment pas pour autant l’usage. D’autres enfin proscrivent ce tour en signalant qu’il est inutilement lourd. Nous partageons ce point de vue et nous rappellerons donc que demander à ce que n’ajoute rien au sens de demander que et que, en matière de langue, le plus souvent, entre deux mots ou locutions, il faut choisir les moindres.

 

on dit

on ne dit pas

Je demande qu’on m’apporte le journal

 

Le professeur demande que les élèves soient à l’heure

Je demande à ce qu’on m’apporte le journal

Le professeur demande à ce que les élèves soient à l’heure

 

Égayer pour Égailler

Le 06 avril 2017

Emplois fautifs

Ces deux verbes diffèrent par le sens mais aussi par la prononciation. Dans égayer le y joue un double rôle phonétique : il modifie le son du a qui le précède en le faisant passer au son è ou é ; il a, de plus, la valeur de la semi-consonne yod au début de la syllabe finale qu’on prononce donc (on notera bien sûr qu’à certaines personnes de la conjugaison, ce y est remplacé par un i et qu’alors cette semi-consonne ne se fait plus entendre : nous égayons mais il égaie). Il n’en va pas de même dans égailler, où le i ne modifie en rien le timbre du a qui le précède et ne sert qu’à produire une mouillure dans la prononciation du groupe ll qui le suit, comme dans paille ou bailler. D’autre part, égayer signifie « rendre plus gai, donner une apparence agréable », alors qu’égailler, qui s’emploie essentiellement à la forme pronominale, signifie « se disperser dans toutes les directions ». On s’efforcera donc de ne pas employer l’un pour l’autre et de veiller à leur juste prononciation.

 

on dit

on ne dit pas

Un bouquet de fleurs égayait le salon

Les enfants se sont égaillés dans la cour de récréation

Un bouquet de fleurs égaillait le salon

Les enfants se sont égayés dans la cour de récréation

 

Elle s’est pris à son propre piège, elle s’est mis au travail

Le 06 avril 2017

Emplois fautifs

Les verbes mettre et prendre sont très fréquents dans notre langue et se terminent en -is au participe passé : elle a pris son chapeau, il a mis sa veste. Ces verbes obéissent aux règles d’accord des participes passés. On doit donc dire la veste qu’il a mise, les chaussettes qu’il a prises et, généralement, ces accords sont respectés. Mais force est de constater que, sans que l’on sache pourquoi, ils sont souvent oubliés dans les tournures pronominales. On rappellera donc que ces accords sont nécessaires, et que ne pas les faire est une grave faute.

 

on dit

on ne dit pas

Elle s’est prise à son propre piège

Elles se sont mises à la peinture

Elle s’est pris à son propre piège

Elles se sont mis à la peinture

 

Perfectionnable

Le 06 avril 2017

Emplois fautifs

L’adjectif perfectible a été créé par Voltaire qui l’employa d’abord dans l’introduction de son Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, paru en 1756. Cet adjectif, dérivé savant du latin perfectus, « accompli, parfait », a pour lui deux siècles et demi d’existence et un père prestigieux dans le monde des lettres. C’est donc lui que l’on emploie quand on veut dire que telle ou telle chose peut-être perfectionnée. On se gardera bien de substituer à perfectible le néologisme inutile perfectionnable, que l’on commence à entendre ici ou là.

 

on dit

on ne dit pas

Son jeu est de qualité, mais il est encore perfectible

L’homme est un être perfectible

Son jeu est de qualité, mais il est encore perfectionnable

L’homme est un être perfectionnable

 

Appositions fautives

Le 02 mars 2017

Emplois fautifs

Les participes passés et présents sont souvent employés en apposition à un nom présent dans la phrase. Ce type de construction est parfaitement correct et l’on peut dire Guéri, Paul reprit toutes ses activités. Mais il faut absolument que le sujet du verbe soit celui auquel se rapporte le participe en apposition. On dira ainsi : Déçu par de mauvaises ventes, le libraire retira le livre des étals mais non Déçu par de mauvaises ventes, le livre fut retiré des étals.

 

on dit

on ne dit pas

Apprenant la nouvelle, il avança son départ

 

Absent pour le moment, je ne puis vous répondre

Apprenant la nouvelle, son départ fut avancé

Absent pour le moment, vous pouvez laisser un message

 

Elle s’est permise

Le 02 mars 2017

Emplois fautifs

Le verbe permettre se construit avec un complément direct, indiquant ce qu’on autorise, et un complément indirect indiquant à qui on l’autorise : le médecin ne lui permet plus le sucre. Le premier peut être remplacé par un infinitif prépositionnel (je lui permets de sortir) ou une complétive (la pluie et le vent ne permettent pas que nous nous promenions).

Quand permettre est à la forme pronominale, le pronom complément me, te, se, nous ou vous est complément indirect et ne commande donc pas l’accord : elle s’est permis d’étranges remarques. Mais on dira l’intervention qu’il s’est permise, puisque le complément direct du verbe, le pronom relatif qu(e) reprenant le nom féminin intervention, est placé avant le verbe.

 

on dit

on ne dit pas

Elle s’est permis d’arriver en retard

Les libertés qu’il s’est permises avec le règlement

Elle s’est permise d’arriver en retard

Les libertés qu’il s’est permis avec le règlement

 

La cartouche, le cartouche

Le 02 mars 2017

Emplois fautifs

Nous avons vu, il y a peu, qu’il existait deux noms mémoire, l’un masculin et l’autre féminin. Mémoire n’est pas le seul à présenter cette particularité : dans cette catégorie de noms, on trouve aussi le mot cartouche. Cartouche est surtout connu comme nom féminin ; il désigne alors l’étui cylindrique en carton ou la douille de métal contenant le projectile qu’on place dans une arme à feu puis, par métonymie, cet étui, cette douille eux-mêmes. Par analogie, cartouche a aussi désigné d’autres contenants : une cartouche de dynamite, d’encre, de cigarettes, etc. Cartouche est emprunté du nom italien, également féminin, cartuccia, ce dernier étant dérivé de carta, qui signifie « papier ». Ainsi, le nom cartouche est le parent, entre autres, de formes comme carte, charte, carton, cartable ou encore cartomancie. Mais l’italien carta est également à l’origine du dérivé masculin cartoccio, que nous avons emprunté, lui aussi, sous la forme cartouche. Ce mot désigne un motif ornemental en forme de feuille en partie déroulée sur laquelle figure une inscription, des armoiries, une devise, etc. Mais si ce nom est vivant, c’était surtout parce qu’il désigne l’encadrement ovale dans lequel était écrit le nom des rois et des reines dans les textes hiéroglyphiques. On sait ainsi que l’identification du nom de Cléopâtre dans un cartouche de la pierre de Rosette permit à Champollion d’avancer grandement dans le déchiffrement des hiéroglyphes. Il connaît une nouvelle vigueur aujourd’hui puisque cartouche désigne aussi les encadrés proposant, dans les musées, les indications sur les œuvres présentées.

Puiser ses racines

Le 02 mars 2017

Emplois fautifs

Le verbe puiser, dérivé de puits, signifie proprement « prendre de l’eau à un puits, à une source, etc. ». Par extension, puiser signifie aussi « aller chercher ce qui est nécessaire ou ce qui fait défaut » ; on sait que les racines puisent dans le sol les nutriments dont elles ont besoin. On peut aussi dire, pour évoquer ces mêmes racines, qu’elles plongent dans le sol pour en retirer les nutriments ou encore que la plante plonge ses racines dans le sol. Mais on veillera à ne pas confondre la construction du verbe puiser, et celle de plonger, et l’on ne dira pas que telle chose puise ses racines dans… puisque, on l’a vu, ce sont les racines qui puisent.

 

on dit

on ne dit pas

Cette légende a ses racines, plonge ses racines dans les mythes antiques

Cette légende puise ses racines dans les mythes antiques

 

Disons au sens d’Environ, à peu près

Le 02 février 2017

Emplois fautifs

L’impératif disons peut s’employer pour signifier que l’on décide de telle ou telle chose en concertation avec la personne à qui l’on s’adresse. Il est alors synonyme de « si cela vous convient » : Vous ne pouvez pas venir ce soir ; eh bien, disons demain.

Mais on se gardera d’ajouter à ce sens celui d’« environ ». Cette remarque vaut également, et plus encore, pour la locution « on va dire ».

on dit

on ne dit pas

Ils étaient à peu près cinq mille

Cela s’est passé il y a environ dix ans

Ils étaient, disons, cinq mille

Cela s’est passé il y a, disons, dix ans

 

Identique que pour Identique à

Le 02 février 2017

Emplois fautifs

 

À l’article Identique de son célèbre Dictionnaire de la langue française, Émile Littré écrit : « Il se construit avec la préposition avec et avec la préposition à ». Cette remarque est toujours juste, même si identique avec n’est plus guère en usage aujourd’hui. On lisait encore que Deux et deux sont identiques avec quatre dans les éditions anciennes du Dictionnaire de l’Académie française, mais depuis l’édition de 1935, cet exemple a disparu. Il convient de rappeler que cette forme n’est pas fautive, alors que le tour identique que, qui commence à se répandre, sans doute par contamination avec la forme au sens similaire le même que, est une faute qui doit absolument être évitée.

on dit

on ne dit pas

Il a trouvé un résultat identique au mien, il a trouvé le même résultat que moi

Il a trouvé un résultat identique que le mien

 

 

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