Dire, ne pas dire

Extensions de sens abusives

Circonlocution pour Circonvolution

Le 6 février 2020

Extensions de sens abusives

Circonlocution et circonvolution sont des paronymes, mais ils n’ont pas le même sens. Le premier est emprunté du latin circumlocutio, un calque du grec periphrasis, à l’origine de périphrase. La circonlocution consiste donc, conformément à son étymologie, à « parler autour » pour ne pas nommer franchement ce qui pourrait l’être, à user de détours au lieu d’aller au fait ou, comme dirait une langue familière, à « tourner autour du pot ». On donne aussi parfois ce sens au second, mais il désigne essentiellement les détours et les sinuosités d’une phrase. Avec les circonvolutions la phrase serpente, mais, en proposant force digressions et excursus ; la circonvolution sert à donner de l’ampleur à la phrase quand la circonlocution sert à masquer ce qui semble bien difficile à énoncer.

Comment pour Comme – Tu as vu comment il est fort

Le 6 février 2020

Extensions de sens abusives

Comme et comment peuvent être des adverbes. Le premier marque l’intensité, dans des exclamatives directes ou indirectes : Comme c’est beau ! Si vous saviez comme il est gentil. Le second sert surtout pour l’interrogation : Comment faut-il préparer ce poisson ? Je ne sais pas comment il a pu réussir. On évitera de mêler ces deux tours et d’employer comment dans l’exclamative indirecte et l’on ne dira donc pas tu as vu comment il est fort, un type de phrase fréquent dans la bouche des enfants – mais pas uniquement –, mais tu as vu comme (ou combien) il est fort.

On dit

On ne dit pas

Si tu savais comme j’ai eu peur, combien j’ai eu peur

Voyez comme il s’applique

Si tu savais comment j’ai eu peur


Voyez comment il s’applique

Doublet pour Doublé

Le 9 janvier 2020

Extensions de sens abusives

Le nom doublet s’emploie essentiellement en linguistique pour désigner deux mots de formes et de sens différents qui remontent à un même mot étranger, le plus souvent latin, mais dont l’un est d’origine populaire, l’autre, d’origine savante. Ainsi les verbes écouter et ausculter viennent-ils du latin auscultare. On pourrait aussi citer « mâcher » et « mastiquer » venant de masticare, « prêcheur » et « prédicateur », de praedicator, « grêle » et « gracile », de gracilis ou « captif » et « chétif », de captivus. Il faut éviter de confondre doublet avec le participe passif substantivé doublé, qui, dans le domaine du sport désigne une série de deux victoires dans deux épreuves différentes ou dans deux éditions de la même épreuve, ou bien encore le fait que les deux vainqueurs appartiennent à la même équipe, à la même nation. Signalons d’ailleurs que cette série peut se prolonger et que l’on peut parler de triplé, de quadruplé, etc. Rappelons aussi qu’une prononciation soignée distingue doublet, où le groupe -et est prononcé avec un è ouvert de doublé, où le é est fermé.

On écrit

On n’écrit pas

L’Italie réalisa le premier doublé de l’histoire de la Coupe du monde de football

« Fade » et « fétide », « hurler » et « ululer » sont des doublets

L’Italie réalisa le premier doublet de l’histoire de la Coupe du monde de football

« Fade » et « fétide », « hurler » et « ululer » sont des doublés

Volumétrie au sens de Volume, Quantité importante

Le 9 janvier 2020

Extensions de sens abusives

Le nom volumétrie, attesté depuis le début du xxe siècle, désigne la mesure de volumes : Procéder à la volumétrie d’un chargement. On l’emploie fréquemment en chimie, au sujet de dosages à réaliser, et dans des domaines comme la sylviculture ou le transport de marchandises. Dans ces derniers cas, il est synonyme de cubage, mais contrairement à ce dernier, volumétrie ne doit pas s’employer pour désigner le volume ainsi mesuré, ce qui hélas commence à se faire, sans doute par emphase, ici ou là.

On dit

On ne dit pas

Une pièce d’un très beau volume

Il faudra deux camions pour transporter un tel volume

Une pièce d’une très belle volumétrie

Il faudra deux camions pour transporter une telle volumétrie

À raison de pour En raison de

Le 5 décembre 2019

Extensions de sens abusives

Les locutions prépositionnelles à raison de et en raison de sont des paronymes, mais elles ne sont pas synonymes. En raison de signifie « en considération de, eu égard à, vu » : En raison de son cri strident, l’agami est aussi appelé oiseau-trompette ; Poil de carotte, le personnage de Jules Renard était ainsi nommé en raison de sa chevelure rousse. À raison de signifie « en proportion de, en fonction de, suivant » : Il est rémunéré à raison du travail accompli. Dans des phrases de ce type, à raison de est parfois, mais rarement, remplacé par en raison de, alors qu’au sens d’« en considération de », à raison de ne peut remplacer en raison de, aussi est-il préférable de donner son sens propre à chacune de ces locutions et de ne pas employer l’une pour l’autre.

Thématique

Le 5 décembre 2019

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Le mot thématique peut être adjectif ou nom. Dans le premier cas, il s’emploie notamment en musique et en linguistique et signifie « qui se rapporte à un thème ». Dans le second cas, il désigne, en littérature et dans les arts, un ensemble cohérent de thèmes propres à une œuvre, un artiste, un genre, etc. : La thématique de l’errance chez Rimbaud. Il convient donc, pour parler précisément, de ne pas substituer cette forme au nom thème, et de ne pas confondre la longueur d’un mot avec l’importance qu’il peut avoir dans un discours savant, comme cela se fait aussi, par exemple, avec le couple problème / problématique.

On dit

On ne dit pas

Ce thème devrait intéresser beaucoup de lecteurs

Quel sera le thème de la conférence ?

Cette thématique devrait intéresser beaucoup de lecteurs

Quelle sera la thématique de la conférence ?

La carte étudiante

Le 7 novembre 2019

Extensions de sens abusives

Le français doit une grande partie de son vocabulaire et une part non négligeable de sa grammaire au latin. Mais il diffère de ce dernier en ce qu’il est une langue analytique, usant volontiers de prépositions et non une langue synthétique, comme le sont les langues à flexion, latin ou allemand par exemple. On se gardera en conséquence, pour rester fidèle au génie de notre langue, de remplacer ces tours prépositionnels par des adjectifs ou des participes présents. Rappelons ainsi que le nom étudiant désigne une personne qui fait des études supérieures et que, employé adjectivement, ce mot signifie « relatif aux étudiants, qui concerne les étudiants », comme dans « le monde étudiant ». On évitera d’étendre trop largement le sens de cet adjectif et on ne dira donc pas une carte étudiante, mais bien une carte d’étudiant, forme plus en harmonie avec la syntaxe française et consacrée par des décennies d’usage.

Puis-je vous encaisser ?

Le 7 novembre 2019

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Le verbe encaisser est dérivé du nom caisse et signifie « mettre des objets dans une caisse pour les protéger, les transporter » : Encaisser des bouteilles. Il peut aussi signifier que l’on plante des arbustes dans des caisses remplies de terre : Encaisser des orangers, des palmiers. Mais son sens le plus courant est celui de « faire entrer en caisse des valeurs, des fonds, les porter en compte » et, par analogie, « toucher, recouvrer de l’argent » : Encaisser des espèces, des chèques. Encaisser des loyers. On rappellera bien que dans ces cas, le complément du verbe encaisser est l’argent que l’on met en caisse et non la personne qui doit cet argent. On évitera donc le tour Puis-je vous encaisser ? Et ce d’autant plus que la langue populaire use de l’expression Ne pas pouvoir encaisser quelqu’un, pour dire qu’on ne peut le supporter.

Ce parti doit changer son logiciel

Le 3 octobre 2019

Extensions de sens abusives

Un logiciel est un ensemble structuré de programmes informatiques remplissant une fonction déterminée et permettant l’accomplissement d’une tâche donnée. On parle ainsi de logiciel de traitement de texte, de logiciel éducatif, du logiciel d’exploitation d’un ordinateur. On évitera d’abuser de l’image qui consiste à faire de logiciel un équivalent de « manière de penser, de voir le monde » ou d’« ensemble d’idées », fût-ce pour évoquer des groupes, des partis, des institutions qu’on juge en décalage avec leur époque ou avec la situation actuelle. Plutôt que de dire que tel ou tel parti « doit changer son logiciel », on pourra dire qu’il « doit se renouveler », « envisager différemment l’avenir », « s’adapter au monde actuel ».

C’est dans l’a.d.n. de l’équipe

Le 3 octobre 2019

Extensions de sens abusives

Désoxyribonucléique ! C’est là un bel octosyllabe, peu employé en poésie et assez difficile à retenir pour les non-initiés, mais formidablement utilisé quand il est sous sa forme abrégée (précédé d’acide, lui aussi abrégé), A.D.N. De la même manière qu’il convient de ne pas abuser des métaphores informatiques, on évitera d’emprunter trop systématiquement au vocabulaire de la biologie quand des locutions déjà validées par l’usage sont à notre disposition.

On dit

On ne dit pas

Le dépassement de soi est une caractéristique majeure de notre équipe

L’antiracisme est une valeur fondamentale de notre parti 

Le dépassement de soi fait partie de l’A.D.N. de notre équipe

L’antiracisme est dans l’A.D.N. de notre parti

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