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Dans le cadre de la Semaine de la langue française 2015 consacrée au français, langue hospitalière, organisée par le ministère de la Culture

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Ces mots venus d’ailleurs… dans le Dictionnaire de l’Académie française.

On penserait volontiers aujourd’hui que la langue étrangère qui a le plus fourni de mots au Dictionnaire de l’Académie française est l’anglais ; on a tort : dans l’édition qui est en cours, 27,42 % des importations proviennent de l’italien, 25,18 % de l’anglais (l’espagnol et l’arabe suivant avec 9,29 % et 8,22 %). Ainsi pour être juste notre perception d’une langue doit-elle être replacée dans la durée. En effet, si le français doit tant à l’italien, c’est, pour citer la linguiste Henriette Walter[1], qu’il y « a puisé abondamment et avec délices » au XVIe siècle, dans des domaines aussi variés que la musique, la table, l’architecture, les vêtements ou la guerre, quand la culture italienne constituait un modèle pour l’Europe. C’est d’ailleurs ce qui se reproduit deux siècles plus tard avec l’anglais, et de nos jours avec l’anglo-américain, qui sont nos grands fournisseurs de néologismes dans les domaines du sport, des transports ou des techniques nouvelles. L’espagnol, pour sa part, fait surtout sentir son influence jusqu’au XVIIe siècle, et avec lui se transportent aussi dans le français des mots venus de loin : du quechua (condor, lama, puma, quinoa), de l’arawak (canot et patate) ou de l’arabe (hasard ou récif). Quant à l’arabe, justement, qui intègre le lexique de notre langue dès le Moyen Âge, lui fournissant alors nombre de mots scientifiques, il donne aussi beaucoup aux XIXe et XXe siècles, au moment où le destin de certains pays du Maghreb et de la France sont intimement liés : on lui doit, entre autres, le réjouissant nouba, les populaires bled et kifkif, et la harissa, ingrédient obligé du couscous. La sagesse veut donc que nous ne nous en tenions pas à des impressions contemporaines et superficielles, une langue s’élaborant progressivement et puisant à diverses sources, parfois inattendues : heureuse surprise que de découvrir que mocassin et manitou sont des mots de l’algonquin, le bon vieux pétun, ancêtre du tabac, du tupi, le nénuphar du persan et que sonne le gong grâce au malais.

Cliquez sur ces dix mots venus d’ailleurs.

 

 

[1] H. Walter, « L’intégration des mots venus d’ailleurs », Alsic (revue en ligne, http://alsic.revues.org/324), vol. 8, n° 1, 2005. Pour approfondir le sujet, on pourra également consulter du même auteur L’Aventure des mots français venus d’ailleurs, Paris, R. Laffont, 1997.