Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Kim Laï T. (France)

Le 5 octobre 2017

Courrier des internautes

Bonjour,

J’ai pu lire plusieurs fois l’expression « faire la mendicité ». Il me semble qu’il convient plutôt de dire « mendier ».

Cordialement.

Kim Laï T. (France)

L’Académie répond :

Madame,

Vous avez raison. On doit dire mendier. Faire la + nom s’emploie pour la personne qui donne : Faire la charité, faire l’aumône. Quand on emploie mendicité avec un verbe on utilise le plus souvent les expressions Être réduit à la mendicité ou se livrer à la mendicité.

Cordialement.

Louis B. (Belgique)

Le 5 octobre 2017

Courrier des internautes

Bonjour,

Depuis plusieurs mois, je me demande d’où viennent les différentes terminaisons des métiers qui nous entourent, en particulier ceux de la maison.

Pourquoi un cuisiniste, et pas un « plombiste» mais un plombier ? Je me pose surtout la question sur les terminaisons « iste» « ien» et « ier».

Merci d'avance.

Louis B. (Belgique)

L’Académie répond :

Monsieur,

À l’origine les noms de métier en -ier viennent de noms latins en -arius ; ainsi ânier est issu du latin asinarius, bouvier du latin bovarius. Ce suffixe est devenu très productif ; on a ainsi boutiquier, buvetier, cafetier, etc. Les noms en -iste sont empruntés, par l’intermédiaire de noms latins en -ista, de noms grecs en -istès.

Alchimiste est emprunté du latin alchimista ; catéchiste, du grec katêkhistès.

Par analogie, on a formé beaucoup de noms de métier grâce à ce suffixe : buraliste, bouquiniste…

Quelques noms en -ien sont issus de formes latines en -anus ou en -aeus : pharisien vient de pharisaeus.

Le plus souvent les noms en -ier sont réservés à des métiers manuels, les noms en -iste, à des métiers intellectuels et les formes en -ien à des adjectifs de nationalité.

Cordialement.

Mustapha B. (France)

Le 5 octobre 2017

Courrier des internautes

Bonjour,

Je souhaitais savoir s’il était correct de mettre un « s » aux points cardinaux lorsqu’ils sont au pluriel. Par exemple « la diversité des Nord(s) et des Sud(s) ».

Merci d’avance,

Bien cordialement.

Mustapha B. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Les noms des points cardinaux sont invariables; on lit bien dans la Dédicace des œuvres complètes de Verlaine :

Où sont les nuits de grands chemins aux chants bachiques

Dans les Nords noirs et les verts Pas-de-Calais,

Et les canaux périculeux vers les Belgiques

Où, gris, on chavirait en hurlant des couplets ?

Mais comme Nords est coordonné à Pas-de-Calais, il s’agit du département et non du point cardinal.

Cordialement.

Romain L. (France)

Le 5 octobre 2017

Courrier des internautes

Bonjour,

Quelle est la différence entre « arrachage» et « arrachement ?

Merci d'avance.

Romain L. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Arrachage et arrachement peuvent désigner l’action d’arracher, mais arrachement peut aussi désigner une séparation qui provoque une profonde affliction et, par métonymie, cette affliction elle-même. On dira donc l’arrachage, ou l’arrachement d’une plante, d’une dent mais l’arrachement, et non l’arrachage, d’un enfant à sa mère, ou son départ fut pour nous un arrachement, et non un arrachage.

Cordialement.

Céline J. (France)

Le 7 juillet 2017

Courrier des internautes

Pourriez-vous m’éclairer sur un point précis ?

Doit-on dire « C’est la faute de.. » ou « C’est la faute à... » ?

Céline J. (France)

L’Académie répond :

L’expression « C’est la faute à… » relève du parler populaire ou du langage enfantin. Elle doit son succès à la fameuse chanson que Gavroche chante dans Les Misérables (V, 1, XV) avant d’être abattu (« Je suis tombé par terre, / C’est la faute à Voltaire, / Le nez dans le ruisseau, / C’est la faute à… »).

Notez que Victor Hugo s’inspirait de chansons réelles, composées par le Genevois Jean-François Chaponnière (1769-1856) et le chansonnier François Béranger (1780-1857).

Depuis, l’expression a fait florès, dans la littérature – je recense, parmi les publications cataloguées par la Bibliothèque nationale ces deux dernières années, La Faute à pas de chance (Lee Child, 2010), La Faute à Napoléon (Val Beauchamp, 2010), La Faute à Mallarmé (Vincent Kaufmann, 2011) – comme au cinéma – de C’est la faute à Zidore (1909) et C’est la faute à Rosalie (Romeo Bosetti, 1912) à La Faute à Fidel (Julie Gavras, 2006), en passant par La Faute à Voltaire (Abdellatif Kechiche, qui cite fidèlement l’expression hugolienne, 2000).

Il n’en reste pas moins que l’Académie déconseille cette expression, en dehors des tournures où « à » renforce un possessif (« Ce n’est pas leur faute, à ces enfants ») et de l’expression interrogative « À qui la faute ? », où il y a ellipse du verbe « revenir » (« À qui revient la faute ? »).

David G. (Côte-d’Ivoire)

Le 7 juillet 2017

Courrier des internautes

Je souhaite savoir comment conjuguer le verbe accoucher. Doit-on dire « une femme a accouché » ou alors « elle est accouchée ».

David G. (Côte-d’Ivoire)

L’Académie répond :

Aujourd’hui, on utilise habituellement l’auxiliaire avoir. Jusqu’au xixe siècle, l’emploi de l’auxiliaire être était plus fréquent.

L’emploi d’avoir a longtemps été considéré comme fautif par des puristes. Ainsi, à l’article accoucher de son Mauvais Langage corrigé, ou Recueil par ordre alphabétique, d’expressions et de phrases vicieuses usitées en France, et notamment à Lyon, un ancêtre de Dire, ne pas dire Étienne Molard écrit : « Ne dites pas cette femme a accouché, dites cette femme est accouchée. Le chirurgien accouche, le femme est accouchée. Dans le premier cas, le verbe est actif ; dans le second il est neutre, c’est-à-dire, sans régime. »

Enrico R. (France)

Le 7 juillet 2017

Courrier des internautes

Je vous écris parce que, malgré toutes mes tentatives, je ne suis pas arrivé à comprendre pourquoi dans la langue française, le mot « art » est devenu masculin alors que en latin il était féminin. Auriez-vous la gentillesse de m’indiquer quelques repères pour satisfaire ma curiosité ?

Enrico R. (France)

L’Académie répond :

Au début du Moyen Âge, art se rencontre encore au féminin et l’on a des traces de cet emploi jusqu’au xvie siècle.

Le passage du féminin au masculin se fait par analogie avec des autres noms en –rt : Dans notre Dictionnaire sept noms terminés ainsi sont féminins, alors que soixante-sept sont masculins. Dans les noms en -art, on compte quatre féminins mais vingt-sept masculins.

Le passage d’un genre à l’autre a été facilité par le fait qu’art commence par une voyelle et que l’article défini ne peut indiquer le genre puisqu’au singulier il s’élide en l’ et qu’au pluriel la forme les ne révèle pas non plus le genre.

Karine E. (France)

Le 7 juillet 2017

Courrier des internautes

Dans ces deux exemples, quelle construction est correcte ?

1) Le peintre en a réalisé pas moins de cinq versions.

Le peintre n’en a pas réalisé moins de cinq versions.

2) Ce travail a demandé pas moins de six mois.

Ce travail n’a pas demandé moins de six mois.

Karine E. (France)

L’Académie répond :

On dira plutôt « a demandé pas moins de... » en considérant pas moins comme une locution figée (le forclusif pas n’est plus senti comme partie de la négation mais forme avec moins une entité sémantique). On dirait de la même manière « Pas moins de cinq versions ont été nécessaires... » ce qui montre bien l’autonomie du groupe pas moins.

Louve L. (France)

Le 7 juillet 2017

Courrier des internautes

J’aurais une question à propos du verbe « suicider ». Ce verbe signifie déjà « se tuer », alors pourquoi doit on rajouter « se », « te », « me », « vous », ou « nous » ?

Louve L. (France)

L’Académie répond :

Le mot suicide et ses dérivés ont longtemps été critiqués. Au XVIIIe siècle, il désigne d’abord « la personne qui se suicide ». Le mot est rare et discuté jusqu’à la fin du XVIIIe siècle et on lui préfère « homicide de soi-même » (Voltaire Du suicide ou de l’homicide de soi-même (1739).

Le dérivé se suicider a été considéré comme mal formé, l’élément sui équivalent à se (1842, Académie) on recommandait au XIXe siècle suicider, intransitif.

Cela étant, malgré les reproches qui lui ont été faits, se suicider est entré dans l’usage et il semble tout à fait impossible de le remplacer par une autre forme.

Simon N. (Canada)

Le 7 juillet 2017

Courrier des internautes

Comme je vais devoir au cours des prochains mois coordonner la fusion de 10 paroisses catholiques du Québec, j’aimerais beaucoup savoir l’origine et surtout le sens profond de l’expression « Esprit de clocher ».

Il y a sûrement toute une histoire derrière cette expression. Merci d’aider à parfaire ma compréhension de cette expression.

Simon N. (Canada)

L’Académie répond :

L’esprit de clocher désigne un attachement excessif à son village (l’église étant traditionnellement située au cœur de celui-ci), au milieu dans lequel on vit et une étroitesse d’esprit qui amène à rejeter tout ce qui leur est étranger.

Dans le Val d’Aoste, une région francophone d’Italie, on appelle aussi cette disposition d’esprit le campanilisme, un nom dérivé de l’italien campanile, « clocher ».

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