Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Solange Ch. (France)

Le 8 février 2019

Courrier des internautes

Dans la formule : « honi soit qui mal y pense », le n seul correspond à l’orthographe de l’époque dit-on ; pourriez-vous me donner des précisions sur le passage aux 2 n ?

Solange Ch. (France)

L’Académie répond :

Le verbe honnir s’est d’abord rencontré sans la forme hunir, puis honir. Mais, dès le xiiie siècle on a en concurrence honir et honnir, et cette dernière graphie s’impose à partir du xive siècle. Honnir est issu de l’ancien bas francique haujan, « railler, insulter », comme le mot honte. En revanche, dans agonir, tiré de ahonir, « faire honte », on a conservé, en raison de l’influence d’agonie, la forme avec un seul n.

Yanick Norman L. (France)

Le 8 février 2019

Courrier des internautes

Je viens vers vous car je souhaiterais savoir s’il est plus correct de dire « Celte » ou « Celtique » ?

Et quelle est la différence ?

Je vous remercie par avance de votre réponse.

Yanick Norman L. (France)

L’Académie répond :

Même si ces deux adjectifs sont synonymes, l’usage – il s’est montré changeant selon les époques – veut plutôt aujourd’hui que l’on emploie celte pour parler des personnes et celtique pour évoquer des faits de géographie, d’histoire et de civilisation. Celte est emprunté du latin Celtae, qui désignait particulièrement les habitants de la Gaule centrale, alors que Celticus, d’où vient celtique, désignait d’abord un peuple d’Espagne. On dira donc plutôt les tribus celtes, l’âme celte, mais les légendes celtiques, la poésie celtique.

La langue celtique est appelée le celte ou le celtique.

Abdelilah B. (Maroc)

Le 10 janvier 2019

Courrier des internautes

Bonjour,

Je vous prie de bien vouloir m’expliquer la citation de Pascal « l’homme passe infiniment l’homme ».

Cordialement.

Abdelilah B. (Maroc)

L’Académie répond :

Monsieur,

La formule de Pascal sur laquelle vous vous interrogez, « L’homme passe infiniment l’homme », figure dans la première partie des Pensées de Pascal, dans la liasse nommée « Contrariétés », laquelle se trouve au sein des liasses dites « classées », qui démontrent que la condition humaine est un mélange de grandeur et de misère et que la prise de conscience de cette contradiction (que Pascal appelle « contrariété ») constitue le premier pas vers la vérité.

Dans la liasse « Contrariétés », Pascal explique que le conflit de la misère et de la grandeur humaines se manifeste, dans l’histoire de la philosophie, dans l’opposition entre les pyrrhoniens (ou sceptiques) d’une part, et ceux qu’il nomme les dogmatistes (qui représentent notamment les stoïciens) d’autre part. Pour les premiers, la vérité est fondamentalement inaccessible à l’homme, et la raison humaine doit s’humilier devant cette évidence. Pour les seconds, au contraire, il existe certaines données indubitables sur lesquelles fonder la connaissance, et la raison doit s’enorgueillir d’y avoir accès.

Pascal est convaincu que ces deux thèses sont à la fois irréconciliables et également fondées : la condition humaine est paradoxale et, de ce point de vue, la recherche de la vérité est aporétique. Cependant, ajoute Pascal (et cette affirmation est essentielle, car elle ouvre la voie à la démarche apologétique des Pensées), « L’homme passe infiniment l’homme » (il faut entendre « passe » au sens de « dépasse ») : dans sa grandeur et sa misère, il porte et la marque de la création divine, et celle du péché originel qui l’a corrompu ; mais il est susceptible d’être touché par la grâce divine, et de quitter son état de corruption : c’est en cela qu’il possède une part de transcendance, qu’il peut dépasser, « passer » sa propre condition.

Or, si le don de la grâce est indépendant de la volonté humaine, toute l’entreprise pascalienne consiste à mettre son lecteur en état de la recevoir, notamment par un bon usage de la raison : celle-ci doit savoir quand s’exercer, et quand se soumettre. C’est à ce cheminement qu’invitent les quatorze liasses classées des Pensées.

Recevez, Monsieur, mes meilleures salutations, ainsi que mes vœux pour l’année qui commence.

Céline T. (France)

Le 10 janvier 2019

Courrier des internautes

Bonjour,

À l’approche des fêtes et, suite à un pari osé avec ma sœur, je me permets de vous écrire afin de nous aider à trancher un litige (la perdante devant manger un escargot, c’est dire si l’enjeu est de taille !).

Notre interrogation est la suivante :

Parlant d’un film : « Toutes les personnes que je connaisse/connais, disent qu’il est bien » Dans cette phrase, doit-on employer le présent ou le subjonctif présent ?

D’avance un grand merci !

Céline T. (France)

L’Académie répond :

J’espère que l’escargot ne sera pas vivant, car il serait bien triste que la pauvre bête fût l’innocente victime d’un conflit grammatical. L’approche de Noël ne pourrait-elle pas être une source d’indulgence pour l’infortuné gastéropode?

J’en arrive maintenant au choix du mode. On utilisera ici l’indicatif connais. On pourrait avoir le subjonctif si on trouvait dans la phrase des adjectifs comme seul, unique, principal, premier, etc. C’est la seule personne que je connais ou connaisse.

Cordialement et bon Noël.

Florence V. (France)

Le 10 janvier 2019

Courrier des internautes

Quelles sont les prépositions qui introduisent le complément d’agent ? Je connais par et de bien sûr, mais en ? Pourrais-je avoir quelques exemples ?

Merci.

Florence V. (France)

L’Académie répond :

La préposition en ne peut en aucun cas introduire un complément d’agent. Outre par et de (autrefois plus fréquent), on rencontre à dans quelques tours figés (mangé aux mites, battu aux vents…).

En revanche, le complément d’agent lui-même peut être représenté par le pronom conjoint « en » : Tous l’admiraient ; il était admiré de tous ; il en était admiré.

Cordialement.

Stéphanie T. (France)

Le 10 janvier 2019

Courrier des internautes

Bonjour,

Mes collègues de lettres m’amènent à douter ; j’ai toujours écrit sur les bulletins :

« Les résultats sont trop juste. » Or, ils me disent tous qu’il faut mettre un s à juste. Mais le sens n’est plus le même. J’ai trouvé sur internet « les résultats sont juste moyens » et « les résultats sont trop justes » donc la règle serait « si l’adverbe est suivi de l’adjectif, il est invariable et sinon, on accorde » ?

Merci de votre réponse,

Cordialement.

Stéphanie T. (France)

L’Académie répond :

Madame,

À l’origine juste est un adjectif. Il l’est dans les résultats sont trop justes et il doit donc s’accorder avec résultats. Mais il a aussi un emploi adverbial et dans ce cas il est invariable. Dans ce cas juste n’est pas un adjectif attribut qui se rapporte à un nom, mais un adverbe qui modifie un adjectif, ici moyens.

Cordialement, bon débat et bon Noël.

Virginie J. (France)

Le 10 janvier 2019

Courrier des internautes

Bonjour,

J’utilise régulièrement la formulation au conditionnel « j’aurais su que... je n’aurais pas fait cela » et mon époux me corrige systématiquement en me disant que ce n’est grammaticalement pas correct et qu’on peut seulement utiliser l’imparfait précédé de « si » (« si j’avais su, je n’aurais pas... »).

D’après le forum du « conjugueur » du Figaro, la formulation au conditionnel est correcte... mais mon époux n’en démord pas.

Pourriez-vous avoir l’amabilité de m’indiquer ce qu’il en est ?

En vous remerciant par avance, je vous souhaite de belles fêtes de fin d’année.

Virginie J. (France)

L’Académie répond :

Madame,

Merci pour vos vœux et à vous aussi très bonne année ; c’est vous qui avez raison. En français les circonstancielles hypothétiques peuvent être exprimées par la simple juxtaposition de deux phrases au conditionnel : Il serait parti plus tôt, il n’aurait pas raté son train.

Benjamin F. (France)

Le 13 décembre 2018

Courrier des internautes

Pourquoi « être apeuré » signifie-t-il avoir peur ? Alors qu’avec le préfixe « a », on pourrait s’attendre au sens contraire : l’absence de peur.

Benjamin F. (France)

L’Académie répond :

Il y a deux préfixes a- en français. L’un est emprunté du préfixe grec a- (et an- devant une voyelle), dit privatif et qui, en composition exprime l’idée d’absence, de privation. On le trouve, entre autres, dans amoral, asocial, analphabète etc.

L’autre est tiré du préverbe latin ad-, qui exprime la direction vers, l’approche et le commencement d’une action. On trouve aussi les variantes ac-, ad-, af-, al-, am-, ar-, as-, at-.

On l’a, parmi d’autres, dans accabler, adoucir, affronter, alanguir, amaigrir, arraisonner, assagir, attabler, apeuré, etc.

Corine M. (France)

Le 13 décembre 2018

Courrier des internautes

En cas d’inversion du sujet « il ou elle », faut-il ajouter un « t » euphonique quand le verbe conjugué se termine par une consonne ?

Corine M. (France)

L’Académie répond :

À la 3e personne du singulier, le verbe se termine par une voyelle, a ou e, ou par une consonne ; dans ce dernier cas, cette consonne est un t : il vient, et le veut, il dort ou un d. Il prend, elle vend.

On n’ajoute pas de t euphonique après ces verbes à la forme interrogative, parce que la liaison se fait normalement avec le t et parce que, en position finale devant un mot commençant par une voyelle, d s’assourdit et se prononce comme t : un grand arbre ; que vend-il ?

Eric C. (France)

Le 13 décembre 2018

Courrier des internautes

L’expression être « vent debout » contre telle ou telle chose, est utilisée pour signifier un combat vigoureux.

Or c’est un terme marin (une allure, au même titre que près, largue, vent arrière,...) qui signifie qu’un voilier est exactement face au vent, et ne peut donc plus avancer. Si l’on reste dans l’esprit marin, se battre contre les éléments se traduirait par le fait de remonter en tirant des bords, pour justement combattre les éléments. Comment peut-on expliquer que ce terme marin, qui signifie être à la merci des éléments, ne plus avancer (voire reculer) puisse aujourd’hui être utilisé dans un sens tout autre ?

Eric C. (France)

L’Académie répond :

Cette expression, comme de nombreuses autres, est passée de la langue de la marine à la langue courante. On emploie être vent debout contre quand on réunit toutes ses forces pour faire échouer un projet, comme le vent semble réunir les siennes contre l’avancée du bateau.

Pages