Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Robert B. (France)

Le 5 septembre 2019

Courrier des internautes

Les morts sont des invisibles, pas des absents…

Cette citation, à qui la doit-on ? Victor Hugo ? Saint Augustin ? (je lis les deux...; et aujourd’hui le Président Macron l’a attribuée à Hugo.)

Robert B. (France)

L’Académie répond :

Cette phrase a été prononcée par Victor Hugo sur la tombe d’Émilie de Putron, le 19 janvier 1865. On la trouve dans Actes et Paroles/Pendant l’exil.

Le texte exact est : « Les morts sont les invisibles, mais ils ne sont pas les absents. »

Yvan C. (France)

Le 5 septembre 2019

Courrier des internautes

Bonjour,

Peut-on écrire « malpoli » ou faut-il obligatoirement employer impoli a l’écrit ?

Yvan C. (France)

L’Académie répond :

Impoli est entré en concurrence avec le composé mal poli dès le xviie siècle (1636), au sens de « qui manque d’élégance » puis de « grossier ». On trouve ces deux mots sous la plume d’auteurs classiques comme Corneille ou La Rochefoucauld.

Cependant, aujourd’hui, malpoli, sous la forme soudée, est ressenti comme un mot d’usage plutôt populaire. L’Académie, dans son Dictionnaire, le donne même comme familier, au sens de « mal élevé, grossier, impoli », qui sont, eux, d’usage courant.

Audrey B. (France)

Le 4 juillet 2019

Courrier des internautes

On dit « un licencié ès lettres » mais peut-on dire « ès anglais » ?

Merci d’avance pour votre réponse.

Audrey B. (France)

L’Académie répond :

Ès est une ancienne préposition signifiant « en les ».

Elle doit être suivie d’un nom au pluriel : ès lettres, ès sciences. Avec un nom singulier, on emploie en : en anglais, en droit.

Cécile M. (France)

Le 4 juillet 2019

Courrier des internautes

Bonjour

Merci pour votre précieux service !

J’aurais deux questions :

1. Faut-il utiliser l’indicatif ou le subjonctif après le verbe « se douter » ?

(Exemple : je me doute qu’il est/soit difficile de partir.)

2. Faut-il accorder « se rendre compte » au participe passé ? (Exemple : ils se sont rendu(s) compte…)

Un grand merci pour votre aide éclairée, sincères salutations.

Cécile M. (France)

L’Académie répond :

Madame,

1. Quand le verbe pronominal se douter est à la forme affirmative, il est suivi de l’indicatif : Il a l’air de se douter qu’on lui ment ; Il aurait pu se douter que je l’entendais.

Quand ce verbe est à la forme négative ou interrogative, on peut avoir l’indicatif ou le subjonctif : Il ne se doutait pas qu’on eût/qu’on avait des preuves contre lui. 

2. On ne fait pas l’accord car se est C.O.I. et non C.O.D. du verbe.

Emma G. (France)

Le 4 juillet 2019

Courrier des internautes

Nous sommes un groupe d’étudiants anglais et nous préparons notre A Levels – l’équivalent du bac français. On se demande si – en supposant qu’il y ait un chat et une vache qui sont tous les deux « noir » – l’on doit dire « un chat et une vache noirs » ou « un chat noir et une vache noire » ? Merci bien.

Emma G. (France)

L’Académie répond :

Madame,

Quand un même adjectif se rapporte à un nom féminin et à un nom masculin, l’accord se fait au masculin pluriel.

On écrira donc un chat et une vache noirs mais l’usage préfère que l’on rapproche le nom masculin de l’adjectif : une vache et un chat noirs. On peut aussi répéter l’adjectif.

Hafidha L. (Tunisie)

Le 4 juillet 2019

Courrier des internautes

Bonjour,

S’il vous plaît, quand dit-on : « à raison de » et « en raison de » ?

Merci de votre réponse.

Hafidha L. (Tunisie)

L’Académie répond :

Madame,

Les locutions en raison de et à raison de sont équivalentes lorsqu’elles signifient À proportion de, à la mesure de. Par exemple, on paya cet ouvrier à raison de l’ouvrage qu’il avait fait. L’industrie de l’homme croît en raison de ses besoins.

Cependant, la locution en raison de a également un sens qui lui est propre et signifie alors vu, en considération de, eu égard à. Par exemple, En raison de son extrême jeunesse. En raison des circonstances. Elle ne peut pas être concurrencée dans ce sens par À raison de.

Nathalie P. (France)

Le 4 juillet 2019

Courrier des internautes

Bonjour,

Un reportage au journal télévisé a suscité notre curiosité : ils ont utilisé le mot « débroussaillement », ce qui nous a choqués.

Nous avons fait des recherches sur Internet. Nous pensons que la bonne forme est « débroussaillage » mais il semble que les deux noms soient corrects.

Qu’en est-il ? Merci par avance de votre réponse.

Nathalie P. (France)

L’Académie répond :

Madame,

Dans le Dictionnaire de l’Académie, seul le terme « débroussaillement » est attesté avec la définition « action de débroussailler ; résultat de cette action ». Cependant, les dictionnaires d’usage courant (Petit Robert, Petit Larousse et Petit Hachette) attestent le mot « débroussaillage » qu’ils semblent même préférer à celui de « débroussaillement », plus ancien (« débroussaillage » date de 1966, « débroussaillement » de 1877). Ces deux termes sont néanmoins corrects et équivalents par le sens.

Siegfried N. (France)

Le 4 juillet 2019

Courrier des internautes

Mesdames et Messieurs les Académiciens,

On dit au camarade qui s’en va affronter quelque épreuve « Haut les cœurs ! »

L’orthographe correcte n’est-elle pas plutôt « Hauts les cœurs » ?

D’où vient d’ailleurs cette locution si singulière ?

Merci à vous,

Siegfried N. (France)

L’Académie répond :

Monsieur,

Ici, haut est employé adverbialement (et est donc invariable), comme dans haut les mains et non *hautes les mains.

C’est une traduction du latin d’église Sursum corda que l’on traduit aussi parfois par « Élevons nos cœurs ». Il s’agit d’une exhortation au courage.

Véronique M. (France)

Le 4 juillet 2019

Courrier des internautes

Bonjour,

Je dois mettre en page un bilan d’activité rédigé par des scientifiques au sujet d’Amphibiens, de Chiroptères et d’Odonates. Dans leur texte, ils mettent une majuscule à ces mots, mais j’ai un doute. Qu’en est-il précisément ?

En vous remerciant d’avance.

Véronique M. (France)

L’Académie répond :

Madame,

Quand on parle de classe ou d’ordre on met la majuscule.

On écrit les Amphibiens ; la majuscule tombe au singulier : le triton est un amphibien ou quand ce mot est employé comme adjectif : un vertébré amphibien.

William H. (France)

Le 4 juillet 2019

Courrier des internautes

Bonjour,

Pendant un cours sur l’étymologie latine de mots français, nous nous sommes rendu compte que les significations actuelles s’étaient, peu à peu, écartées de l’origine. Prenons comme exemple décimer. Ce mot désigne, à la base, l’action de l’armée romaine de tuer un homme sur dix. Mais aujourd’hui, nous utilisons ce mot pour parler d’une épidémie, d’une catastrophe même lorsque celle-ci tue beaucoup plus qu’un homme sur dix. Nous voici à ma question : ne serait-il pas intéressant de n’utiliser ces mots, dans notre français moderne que pour véritablement désigner la signification originale au lieu de les déformer selon notre volonté ? Ne serait-ce pas une certaine « vulgarisation » de la langue qui opère ?

Je vous remercie du temps que vous prendrez à me répondre,

William H. (France)

 

L’Académie répond :

Monsieur,

Le latin et le français sont deux langues différentes, liées par un rapport de parenté ; il peut donc arriver que des mots n’aient plus le sens qu’avait leur lointain ancêtre. Malgré son étymologie une piscine n’est pas un « endroit où l’on élève des poissons », un caméléon n’est pas un « lion nain », et le verbe noyer n’a pas le sens de « tuer (par n’importe quel moyen) », etc.

Ce sont justement ces déplacements de sens qui sont intéressants.

J’ajoute que nous ne déformons pas les mots selon notre volonté. Si nous donnons à décimer le sens qu’il a aujourd’hui, c’est parce que nous avons reçu, dès la fin du xviiie siècle, ce sens en héritage.

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