Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Les horaires sont tôt

Le 6 février 2020

Emplois fautifs

Le mot horaire peut être un adjectif ou un nom (et rappelons qu’il est alors masculin). Dans le premier cas, il signifie à la fois « relatif à l’heure, aux heures » (il s’emploie alors surtout dans les expressions fuseaux horaires et décalage horaire) et « qui correspond à la durée d’une heure » : le salaire horaire, la vitesse horaire. Dans le second, il désigne le « relevé des heures qui marquent le début et la fin d’une activité, l’ouverture et la fermeture d’un service, des heures de départ et d’arrivée d’un train, d’un autobus, etc. », et, par métonymie, le « tableau, livret offrant un tel relevé » : l’horaire des cours, les horaires de consultation d’un médecin, les horaires d’ouverture d’un service public. Enfin, il peut aussi désigner la « répartition, au cours d’une journée, des heures de travail, des occupations » : avoir un horaire très chargé.

On se gardera bien d’employer ce nom avec l’adverbe tôt, dont on ferait à tort un adjectif. On ne dira donc pas les horaires sont tôt, puisque ce relevé donne des indications temporelles sans être lui-même soumis au temps. On ne dira pas non plus les cours sont tôt, formule que l’on remplacera par les cours débutent tôt.

Quinzomadaire pour Bimensuel

Le 6 février 2020

Emplois fautifs

L’adjectif hebdomadaire signifie « qui se produit, qui paraît une fois par semaine » : une réunion hebdomadaire, un magazine hebdomadaire. De celui-ci est dérivé le mot bihebdomadaire, « qui a lieu, qui paraît deux fois par semaine ». Parallèlement à bihebdomadaire, existe la forme bimensuel que l’on emploie pour qualifier ce qui se produit, ce qui paraît deux fois par mois : une assemblée bimensuelle, une revue bimensuelle. C’est cet adjectif que l’on emploiera pour désigner ce qui se produit tous les quinze jours, et non quinzomadaire, qui semble le croisement étrange de quinze et de dromadaire, quand bien même ce mot aurait pour lui d’avoir été porté sur les fonts baptismaux de la langue par des rédacteurs d’un célèbre journal satirique paraissant le mercredi.

On dit

On ne dit pas

Une inspection bimensuelle

Un journal bimensuel, un bimensuel

Une inspection quinzomadaire

Un journal quinzomadaire, un quinzomadaire

Et bien pour Eh bien

Le 9 janvier 2020

Emplois fautifs

Eh bien est une locution interjective, dont le second élément est l’adverbe bien. Pour former cette locution, il faut que le premier élément soit l’interjection eh et non la conjonction de coordination et. Il peut arriver, bien sûr, que les mots et et bien se suivent, comme dans : Il travaille vite et bien. ou et, bien qu’il fût moins fort que lui, il n’a pas hésité à l’affronter, mais dans ces cas, c’est la conjonction de coordination et qui est employée et qui permet de relier deux mots de même nature (comme les adverbes vite et bien) ou deux propositions. On se souviendra aussi qu’à la scène v de l’acte IV du Cid, Corneille mit ces mots dans la bouche de Chimène : « Eh bien ! Sire, ajoutez ce comble à mon malheur, / Nommez ma pâmoison l'effet de ma douleur », et qu’il n’écrivit pas Et bien.

On écrit

On n’écrit pas

Eh bien ! en voilà une nouvelle !

Eh bien, dansez maintenant !

Et bien ! en voilà une nouvelle !

Et bien, dansez maintenant !

Il y a un moment donné

Le 9 janvier 2020

Emplois fautifs

L’expression À un moment donné signifie « en un temps déterminé » : La linguistique synchronique étudie l’état d’une langue à un moment donné. Dans une langue un peu plus familière, elle signifie aussi « tout à coup, soudain » : À un moment donné, il s’est mis en colère et a cassé un vase. L’expression Il y a un moment où signifie, quant à elle, « arrive un temps où » : Il y a un moment où il faut savoir se reposer. On évitera de mêler ces deux expressions pour donner naissance au tour incongru Il y a un moment donné.

On dit

On ne dit pas

À un moment donné, la voiture a fait une embardée et est allée dans le fossé

Il y a un moment où il faudra rentrer

Il y a un moment donné, la voiture a fait une embardée et est allée dans le fossé

Il y a un moment donné où il faudra rentrer

La démarche à suivre

Le 9 janvier 2020

Emplois fautifs

Le nom démarche peut désigner la manière de marcher, l’allure propre à une personne : avoir une démarche gracieuse, élégante, pataude, etc., mais aussi une action entreprise en vue de faire aboutir un projet, une affaire auprès d'une autorité : Il a dû faire de nombreuses démarches avant de voir sa requête satisfaite. Marche désigne au propre le fait, l’action de marcher et, au figuré, une manière d’agir, de procéder. C’est avec ce nom que l’on a construit l’expression marche à suivre, c’est-à-dire la « manière de procéder à laquelle on doit se conformer pour obtenir ce que l’on veut ». On évitera donc d’employer, à la place de cette dernière, le tour inusité démarche à suivre, mais l’on pourra dire il a songé à une démarche ingénieuse pour résoudre ce problème.

On dit

On ne dit pas

Quelle est la marche à suivre pour relancer le moteur ?

Respectez la marche à suivre ou l’expérience échouera 

Quelle est la démarche à suivre pour relancer le moteur ?

Respectez la démarche à suivre ou l’expérience échouera

La panacée universelle

Le 9 janvier 2020

Emplois fautifs

Le nom panakeia, formé à l’aide de pan, « tout », et akos, « remède », avait deux emplois en grec. Comme nom propre, il désignait Panacée, une des filles d’Esculape, le dieu de la médecine. Comme nom commun, il désignait un remède apte à soigner toutes les maladies, sens qu’a conservé la forme française panacée. On imagine bien la valeur d’un tel produit, ce qui explique que sa recherche fut, avec celle de la pierre philosophale et de l’élixir de vie éternelle, le souci constant des alchimistes. La panacée étant, comme son étymologie l’indique, un remède contre tous les maux, on évitera de lui adjoindre l’adjectif universelle, quand bien même ce tour se lirait chez de très bons auteurs comme Chateaubriand, Balzac, Eugène Sue, Claude Bernard, Las Cases ou George Sand, mais on choisira entre remède universel et panacée.

En risque de pour En danger de

Le 5 décembre 2019

Emplois fautifs

Le verbe risquer se construit directement, avec comme complément un nom, risquer quelques euros, risquer sa réputation, risquer la prison, etc., ou indirectement, avec la préposition de et un infinitif comme complément, il risque de tomber, il risque d’échouer. La locution en danger de se rencontre dans l’expression en danger de mort ou avec un infinitif, comme dans La Laitière et le Pot au lait : « La Dame de ces biens, quittant d’un œil marri / Sa fortune ainsi répandue / Va s’excuser à son mari / En grand danger d’être battue. » Il convient de ne pas mêler ces deux formes pour en faire le tour incorrect en risque de, que l’on se gardera bien d’employer.

On dit

On ne dit pas

Il risque de tout perdre

Il est en danger de se noyer

Il est en risque de tout perdre

Il est en risque de se noyer

Référencier

Le 5 décembre 2019

Emplois fautifs

Le verbe différencier est emprunté du latin médiéval differentiare (on trouve d’ailleurs encore la forme différentier en mathématiques avec le sens de « calculer la différentielle »). Dans les mots en -encier, on trouve aussi le semencier, un artisan qui produit ou commercialise des semences. Peut-être est-ce l’analogie avec ces formes qui a produit l’étrange et fautive forme référencier, que l’on commence à rencontrer en lieu et place de référencer. Rappelons qu’en français les formes en -encier sont, à quelques exceptions près, des noms : audiencier, conférencier, faïencier, pénitencier, etc., tandis que les formes en -encer sont des verbes : agencer, commencer, influencer, etc.

On dit

On ne dit pas

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Il faut toujours référencer vos citations

 

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Réfuter pour Récuser

Le 5 décembre 2019

Emplois fautifs

Les verbes réfuter et récuser sont des paronymes, de sens assez proches, mais il existe du premier au second des nuances qui font qu’il n’est pas possible d’employer l’un à la place de l’autre. Réfuter, emprunté du latin refutare, « repousser », signifie « combattre, détruire ce qu’un autre a avancé, en prouvant que ce qu’il a dit est faux ou mal fondé ». On peut ainsi réfuter un argument, une théorie, mais aussi une accusation, un mensonge. Ce n’est que par métonymie, et rarement, que ce verbe s’emploie avec un nom de personne comme objet. Récuser est emprunté du latin recusare, un verbe formé à l’aide de causa, qui a, entre autres sens, celui de « cause, procès » ; il signifie « refuser de soumettre sa cause à la connaissance et à la décision d’une personne, parce qu’on a ou croit avoir des motifs de contester son impartialité ». Récuser a donc pour objet un nom de personne et ce n’est que de manière figurée qu’il peut régir un nom abstrait. Il convient donc de donner à chaque verbe le type de complément qui lui est le plus habituel et de ne pas prendre l’un pour l’autre.

On dit

On ne dit pas

L’avocat de la défense peut récuser un certain nombre de jurés

Sa rigoureuse démonstration sera difficile à réfuter

L’avocat de la défense peut réfuter un certain nombre de jurés

Sa rigoureuse démonstration sera difficile à récuser

Une tête décapitée

Le 5 décembre 2019

Emplois fautifs

Le verbe décapiter signifie « trancher la tête de quelqu’un » ; il est emprunté du latin tardif decapitare, un verbe composé à l’aide du préfixe séparatif de- et de caput, « tête ». Par extension, il signifie aussi « priver de chef un parti, un clan, un groupe » (on rappellera d’ailleurs que le nom « chef » est issu, lui aussi, du latin caput). Le sens de décapiter suppose donc bien que c’est une personne ou un corps qui est privé de tête, et que ce serait bien sûr absurde d’employer ce verbe en parlant de la tête elle-même. On ne dira donc pas plus une tête décapitée que l’on dirait, par exemple, un cadavre sans vie.

On dit

On ne dit pas

On a retrouvé le corps décapité de la victime

On a retrouvé la tête décapitée de la victime

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