Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

La cartouche, le cartouche

Le 02 mars 2017

Emplois fautifs

Nous avons vu, il y a peu, qu’il existait deux noms mémoire, l’un masculin et l’autre féminin. Mémoire n’est pas le seul à présenter cette particularité : dans cette catégorie de noms, on trouve aussi le mot cartouche. Cartouche est surtout connu comme nom féminin ; il désigne alors l’étui cylindrique en carton ou la douille de métal contenant le projectile qu’on place dans une arme à feu puis, par métonymie, cet étui, cette douille eux-mêmes. Par analogie, cartouche a aussi désigné d’autres contenants : une cartouche de dynamite, d’encre, de cigarettes, etc. Cartouche est emprunté du nom italien, également féminin, cartuccia, ce dernier étant dérivé de carta, qui signifie « papier ». Ainsi, le nom cartouche est le parent, entre autres, de formes comme carte, charte, carton, cartable ou encore cartomancie. Mais l’italien carta est également à l’origine du dérivé masculin cartoccio, que nous avons emprunté, lui aussi, sous la forme cartouche. Ce mot désigne un motif ornemental en forme de feuille en partie déroulée sur laquelle figure une inscription, des armoiries, une devise, etc. Mais si ce nom est vivant, c’était surtout parce qu’il désigne l’encadrement ovale dans lequel était écrit le nom des rois et des reines dans les textes hiéroglyphiques. On sait ainsi que l’identification du nom de Cléopâtre dans un cartouche de la pierre de Rosette permit à Champollion d’avancer grandement dans le déchiffrement des hiéroglyphes. Il connaît une nouvelle vigueur aujourd’hui puisque cartouche désigne aussi les encadrés proposant, dans les musées, les indications sur les œuvres présentées.

Puiser ses racines

Le 02 mars 2017

Emplois fautifs

Le verbe puiser, dérivé de puits, signifie proprement « prendre de l’eau à un puits, à une source, etc. ». Par extension, puiser signifie aussi « aller chercher ce qui est nécessaire ou ce qui fait défaut » ; on sait que les racines puisent dans le sol les nutriments dont elles ont besoin. On peut aussi dire, pour évoquer ces mêmes racines, qu’elles plongent dans le sol pour en retirer les nutriments ou encore que la plante plonge ses racines dans le sol. Mais on veillera à ne pas confondre la construction du verbe puiser, et celle de plonger, et l’on ne dira pas que telle chose puise ses racines dans… puisque, on l’a vu, ce sont les racines qui puisent.

 

on dit

on ne dit pas

Cette légende a ses racines, plonge ses racines dans les mythes antiques

Cette légende puise ses racines dans les mythes antiques

 

Disons au sens d’Environ, à peu près

Le 02 février 2017

Emplois fautifs

L’impératif disons peut s’employer pour signifier que l’on décide de telle ou telle chose en concertation avec la personne à qui l’on s’adresse. Il est alors synonyme de « si cela vous convient » : Vous ne pouvez pas venir ce soir ; eh bien, disons demain.

Mais on se gardera d’ajouter à ce sens celui d’« environ ». Cette remarque vaut également, et plus encore, pour la locution « on va dire ».

on dit

on ne dit pas

Ils étaient à peu près cinq mille

Cela s’est passé il y a environ dix ans

Ils étaient, disons, cinq mille

Cela s’est passé il y a, disons, dix ans

 

Identique que pour Identique à

Le 02 février 2017

Emplois fautifs

 

À l’article Identique de son célèbre Dictionnaire de la langue française, Émile Littré écrit : « Il se construit avec la préposition avec et avec la préposition à ». Cette remarque est toujours juste, même si identique avec n’est plus guère en usage aujourd’hui. On lisait encore que Deux et deux sont identiques avec quatre dans les éditions anciennes du Dictionnaire de l’Académie française, mais depuis l’édition de 1935, cet exemple a disparu. Il convient de rappeler que cette forme n’est pas fautive, alors que le tour identique que, qui commence à se répandre, sans doute par contamination avec la forme au sens similaire le même que, est une faute qui doit absolument être évitée.

on dit

on ne dit pas

Il a trouvé un résultat identique au mien, il a trouvé le même résultat que moi

Il a trouvé un résultat identique que le mien

 

 

Léthal pour Létal

Le 02 février 2017

Emplois fautifs

Quand on hésite sur l’orthographe d’un mot, la peur de mal faire amène plus souvent à ajouter à celui-ci des lettres qui n’ont pas lieu d’être qu’à en retirer qui sont nécessaires ; ainsi qui n’est pas sûr de la bonne manière d’écrire étymologie ajoute souvent un h fautif à ce nom devenu alors éthymologie. On trouve semblable faute avec l’adjectif létal, trop souvent écrit léthal. Cette erreur s’explique sans doute par une confusion entre ce qui est mortel et ce qui provoque l’oubli. On se souvient que, dans la mythologie grecque, le Léthé, un des fleuves des Enfers, provoquait chez les âmes qui devaient se réincarner un oubli de leur vie antérieure ; et comme, à l’exception de quelques héros comme Ulysse ou Énée, il fallait être mort pour se rendre aux Enfers, le Léthé a été associé au trépas. Et c’est d’ailleurs à partir du latin letalis et du grec Lêthê que l’anglais a créé la forme lethal. Que donc ceux qui ont écrit léthal pour létal se consolent en se disant qu’ils ont d’illustres devanciers : on trouve en effet dans certaines versions de L’Énéide la forme lethalis en lieu et place de letalis, et cette forme se rencontre aussi dans les citations latines de Montaigne, au chapitre xxxix des Essais, intitulé De la solitude. Mais qu’ils essaient de se souvenir cependant que seul létal est correct et que l’on doit aussi écrire létalité et non léthalité.

on écrit

on n’écrit pas

Une dose létale de poison

La létalité d’une blessure

Une dose léthale de poison

La léthalité d’une blessure

 

Malvoyant

Le 02 février 2017

Emplois fautifs

L’adjectif malvoyant signifie « qui souffre d’une altération grave des facultés visuelles ». On se gardera bien d’ajouter à ce sens, par un euphémisme qui n’a pas lieu d’être, celui d’aveugle, qui, lui, qualifie une personne atteinte de cécité totale. Cette remarque vaut aussi pour malentendant, que l’on évitera de confondre avec sourd.

on dit

on ne dit pas

Homère était aveugle

Beethoven mourut sourd

Homère était malvoyant

Beethoven mourut malentendant

 

C’est selon

Le 05 janvier 2017

Emplois fautifs

C’est selon

Selon est le plus souvent une préposition, mais si le terme qui devrait la suivre est omis, selon s’emploie adverbialement. C’est selon est d’un usage familier et, comme on peut le lire dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française, signifie « selon l’occurrence, selon les différentes dispositions des personnes, etc. ». Il ne s’emploie alors guère que pour marquer quelque doute, quelque incertitude à quelqu’un qui nous interroge. Pensez-vous qu’il puisse réussir ? C’est selon. On ne condamnera donc pas cette tournure, mais il convient de ne pas en faire un paresseux tic de langage.

Oppresser pour Opprimer

Le 05 janvier 2017

Emplois fautifs

Oppresser pour Opprimer

Le verbe opprimer est emprunté du latin opprimere, « presser, comprimer », mais aussi « faire pression sur, accabler ». Oppresser est tiré, lui, de oppressum, supin de ce même verbe opprimere. Nos deux verbes français sont donc très proches par l’étymologie, mais ils diffèrent fortement aujourd’hui par le sens. Oppresser s’emploie dans la langue de la médecine et signifie « serrer dans la région de la poitrine de manière à gêner la respiration » : la trop grande chaleur l’oppresse. Par extension, oppresser peut aussi signifier « accabler » : un violent chagrin l’oppresse. Le verbe opprimer demande pour sujet des personnes, ou, par métonymie, des institutions, et évoque l’autorité tyrannique exercée par ces personnes, ces institutions. On se gardera donc bien de confondre ces deux verbes, dont seul opprimer a un participe passé substantivé.

on dit

on ne dit pas

Une douleur lui oppresse la poitrine

Un tyran qui opprime ses sujets

Prendre la défense des opprimés

Une douleur lui opprime la poitrine

Un tyran qui oppresse ses sujets

Prendre la défense des oppressés

 

Sauta-t-il au plafond, haussa-t-il les épaules en incise

Le 05 janvier 2017

Emplois fautifs

Sauta-t-il au plafond, haussa-t-il les épaules en incise

Les incises ont pour elles l’avantage de la légèreté. Elles permettent l’économie d’un que conjonction, autorisent l’emploi d’indépendantes plutôt que de subordonnées, et peuvent servir à donner du rythme à un texte. La plus fréquente est sans doute dit-il, mais il est généralement recommandé d’essayer de ne pas reprendre constamment cette tournure et de la faire varier avec d’autres comme reprit-il, ajouta-t-il, etc. Cependant, dans ce domaine comme dans bien d’autres, le mieux est souvent l’ennemi du bien. Il convient donc de ne pas donner au texte l’apparence d’un dictionnaire des synonymes du verbe dire et de ne pas se livrer à de dangereuses acrobaties langagières comme releva-t-il la tête ou trembla-t-il de peur.

on dit

on ne dit pas

Avec grand plaisir, dit-il en sautant au plafond

Hélas non, répondit-il en haussant les épaules

Avec grand plaisir, sauta-t-il au plafond

Hélas non, haussa-t-il les épaules

 

Taxer d’avare pour Taxer d’avarice

Le 05 janvier 2017

Emplois fautifs

Taxer d’avare pour Taxer d’avarice

La locution verbale taxer de peut signifier « accuser de ». Dans ce cas, cette locution est suivie du nom du défaut que l’on reproche à tel ou tel. On peut ainsi taxer quelqu’un de mensonge, de paresse, etc. Mais il convient de ne pas construire cette locution comme qualifier de, traiter de. En effet, celles-ci sont suivies directement d’un adjectif et non d’un nom : on traite une personne d’avare. À l’inverse on taxe une personne d’avarice et non d’avare. Et rappelons pour conclure que le tour taxer de suivi d’un infinitif, vous le taxez d’être méchant, est correct mais n’est plus guère en usage aujourd’hui.

on dit

on ne dit pas

Être taxé de lâcheté

Il a été taxé d’incompétence

Être taxé de lâche

Il a été taxé d’incompétent

 

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