Dire, ne pas dire

Emplois fautifs

Le covid 19 ou La covid 19

Le 7 mai 2020

Emplois fautifs

Covid est l’acronyme de corona virus disease, et les sigles et acronymes ont le genre du nom qui constitue le noyau du syntagme dont ils sont une abréviation. On dit ainsi la S.N.C.F. (Société nationale des chemins de fer français) parce que le noyau de ce groupe, société, est un nom féminin, mais le C.I.O. (Comité international olympique), parce que le noyau, comité, est un nom masculin. Quand ce syntagme est composé de mots étrangers, le même principe s’applique. On distingue ainsi le FBI, Federal Bureau of Investigation, « Bureau fédéral d’enquête », de la CIA, Central Intelligence Agency, « Agence centrale de renseignement », puisque dans un cas on traduit le mot noyau par un nom masculin, bureau, et dans l’autre, par un nom féminin, agence. Corona virus disease – notons que l’on aurait pu préférer au nom anglais disease le nom latin morbus, de même sens et plus universel – signifie « maladie provoquée par le corona virus (“virus en forme de couronne”) ». On devrait donc dire la covid 19, puisque le noyau est un équivalent du nom français féminin maladie. Pourquoi alors l’emploi si fréquent du masculin le covid 19 ? Parce que, avant que cet acronyme ne se répande, on a surtout parlé du corona virus, groupe qui doit son genre, en raison des principes exposés plus haut, au nom masculin virus. Ensuite, par métonymie, on a donné à la maladie le genre de l’agent pathogène qui la provoque. Il n’en reste pas moins que l’emploi du féminin serait préférable et qu’il n’est peut-être pas trop tard pour redonner à cet acronyme le genre qui devrait être le sien.

Les gestes barrière ou Les gestes barrières

Le 7 mai 2020

Emplois fautifs

Comment faire l’accord au pluriel d’un groupe composé de deux noms apposés ? Quand il y a identité entre les deux éléments, les deux prennent la marque du pluriel : on écrit ainsi des danseuses étoiles parce que ces danseuses sont des étoiles. Le contexte permet d’ailleurs bien souvent de dire simplement des étoiles. S’il n’y a pas identité, seul le premier élément prend la marque du pluriel, on écrit donc des films culte parce que ces films font l’objet d’un culte, mais n’en sont pas ; on ne dit jamais, parlant d’eux, des cultes. S’agissant de geste barrière, on peut considérer que ces gestes forment une barrière et préférer le singulier, mais dans la mesure où l’on peut aussi dire que ces gestes sont des barrières, l’accord au pluriel semble le meilleur choix, et le plus simple. On écrira donc des gestes barrières.

Bétonnisation pour Bétonnage

Le 2 avril 2020

Emplois fautifs

Il en va de nos manières de nous exprimer comme des couleurs ou des formes de nos vêtements, des coupes de cheveux ou de nos habitudes alimentaires : elles n’échappent pas aux phénomènes de mode. Depuis quelque temps déjà, les noms en -isation connaissent une vogue certaine, ce suffixe semblant lester le nom qu’il vient compléter d’un poids de sérieux bienvenu. C’est sans doute la raison qui explique la bonne santé d’un mot récemment apparu, bétonnisation, qui désigne l’action de bétonner et le résultat de cette action. Deux sens qu’avait pourtant déjà le mot bétonnage. Quand, à partir des années 1970, on a critiqué le bétonnage des côtes, ce qui était dénoncé n’était pas différent de ce qui l’est aujourd’hui quand on évoque la bétonnisation des terres agricoles. Ce nom, même s’il est plus long, n’ajoute rien à ce que dit bétonnage, il est donc préférable de s’en passer.

Il la répugne pour Il lui répugne

Le 2 avril 2020

Emplois fautifs

Les pronoms personnels compléments d’objet direct et compléments d’objet indirect ont la même forme aux premières et deuxièmes personnes : il m’embête, il t’aime, elle nous attend et elle vous préviendra pour les pronoms personnels C.O.D., et il me parle, je te dis, elles nous mentent et elle vous obéit pour les pronoms personnels C.O.I. Mais les formes de troisièmes personnes sont différentes : il l’embête, il l’aime, elle les attend et elle les préviendra pour les premiers, tandis que l’on a il lui parle, il lui dit, elles leur mentent et elle leur obéit pour les seconds. Ce fait amène trop souvent, par analogie, des erreurs pour certains verbes transitifs indirects qui sont construits comme des verbes transitifs directs. C’est, entre autres, le cas avec le verbe répugner, qui est un verbe intransitif. On dit Cela me, te, nous, vous répugne, mais on doit dire cela lui, leur répugne et non cela le, la, les répugne.

On dit

On ne dit pas

Son attitude lui répugne

De tels personnages leur répugnent

Ce plat lui répugne

Son attitude le, la répugne

De tels personnages les répugnent

Ce plat le, la répugne

Les #oints ou Les z’oints

Le 2 avril 2020

Emplois fautifs

On n’hésite guère sur la prononciation des mots d’usage courant, mais il en va tout autrement de ceux qui sont peu usités. Ainsi, nombreux sont ceux qui se demandent si oint se lie au mot qui le précède et si ce dernier, le cas échéant, s’élide devant lui. Rappelons donc que, de même que l’on dit l’onction et non la onction, et que des textes religieux évoquent l’oint du Seigneur et non le oint, on doit dire les z’oints (comme on dit les z’onctions) et non les#oints. Signalons aussi que dans le poème de Verlaine, La Mort de Philippe II, il faut lire « L’infant, certes, était coupable […] de conspirer […] / Et contre un Père, et contre un Maître, et contre un [n’]Oint ! » [et non contre un#Oint]. Il en va de même du verbe oindre : on dit pour l’oindre et ils s’oignent et non pour le oindre et ils se oignent.

Les hauts fonds et Les haut-parleurs

Le 2 avril 2020

Emplois fautifs

Un certain nombre d’adjectifs peuvent s’employer adverbialement et ils deviennent alors invariables : c’est le cas dans ouvrir grand les yeux, des tomates frais cueillies, une indemnité de six mille euros brut, une cloison qui sonne creux, des blés semés dru. (Il y a cependant quelques exceptions : pour des raisons d’euphonie ou selon d’anciens usages du français, quelques adjectifs, employés adverbialement devant un adjectif qu’ils modifient, s’accordent. C’est, par exemple, le cas de frais, bon ou grand : des roses fraîches écloses, les bras grands ouverts ; devant la maison aux fenêtres grandes ouvertes, la jeune fille apparut, court vêtue et fin prête) Il convient donc de bien analyser la valeur de ces adjectifs puisque de celle-ci, adjectivale ou adverbiale, dépend le fait que l’on fera ou non l’accord ; ainsi, on distinguera les hauts fonds, locution dans laquelle hauts a sa pleine valeur d’adjectif, des haut-parleurs, nom composé qui désigne un appareil destiné à amplifier la voix et non un orateur de grande taille, et dans lequel haut, qui joue le rôle d’un adverbe, n’a plus sa valeur d’adjectif.

On dit

On ne dit pas

Des tomates hachées fin

Une lettre écrite petit

Il a eu la jambe brisée net

Des tomates hachées fines

Une lettre écrite petite

Il a eu la jambe brisée nette

Cette situation interroge

Le 5 mars 2020

Emplois fautifs

Le verbe interroger est un verbe transitif direct ; il convient donc de le construire avec un complément d’objet direct. C’est pourquoi on évitera le tour qui consiste à l’employer sans complément ; l’on se gardera également du tic de langage qui fait que l’on remplace le nom de personne qui est normalement sujet de ce verbe par un nom abstrait comme situation, drame, misère, etc. Rappelons que ces remarques s’appliquent également au verbe interpeller.

On dit

On ne dit pas

Cette situation pousse à s’interroger

Une telle misère nous amène à nous interroger, s’impose à notre attention

Cette situation interroge

Une telle misère nous interroge, nous interpelle

Et oui ou Eh oui

Le 5 mars 2020

Emplois fautifs

Eh oui est une locution interjective que l’on emploie, souvent après un temps de réflexion, lorsque l’on admet quelque chose à regret, ou pour faire un aveu difficile ou étonnant. Ainsi, en 1940, Gide écrit dans son Journal : « Eh oui ! Je ris avec Courteline, irrésistiblement parfois. » Rappelons que, pour former cette locution, il faut que le premier élément soit l’interjection eh ! et non la conjonction de coordination et. Cette locution, qui relève plus du langage parlé que de l’écrit, se trouve souvent chez des écrivains qui s’attachent à retranscrire au plus près l’oral, comme Maupassant, Zola, Barbusse, Ramuz, Prévert ou Pagnol.

Il va-t-être

Le 5 mars 2020

Emplois fautifs

Nous avons vu que l’inversion de la place du sujet et de celle du verbe était une des caractéristiques qui distinguait la phrase affirmative de la phrase interrogative. Il en est une autre : La phrase affirmative accepte le hiatus (ou l’hiatus), tandis que la phrase interrogative ne l’accepte pas et emploie pour l’éviter, à la troisième personne du singulier un t euphonique. On dit ainsi comment va-t-il ? et non comment va il ? mais il va en Angleterre et non il va-t-en Angleterre (les seules exceptions admises sont les va-t-en-guerre et le pauvre Malbrough de la chanson) ; on dit de même il va arriver d’un moment à l’autre et non il va-t-arriver d’un moment à l’autre. Ajouter un t, même par analogie avec l’interrogative, même si l’on trouve plus harmonieux d’éviter le hiatus, n’en demeure pas moins une faute dont il convient de se garder.

On dit

On ne dit pas

Il va à la pêche, elle va au bureau

Il va être en retard

Il va-t-à la pêche, elle va-t-au bureau

Il va-t-être en retard

Interrogative directe sans inversion : Vous allez où ?

Le 5 mars 2020

Emplois fautifs

En français, l’interrogation directe se caractérise par une inversion de la place du sujet et du verbe par rapport à celle qu’ils occupent à la forme affirmative : Il dort devient dort-il ? ; tu joues devient joues-tu ?; nous arrivons demain devient quand arrivons-nous ?; vous allez au travail devient où allez-vous ? La langue orale, plus relâchée, oublie parfois cette inversion et c’est aussi ce que fait la langue écrite quand elle cherche à imiter ou à reproduire le langage parlé. Il n’en reste pas moins qu’il est de meilleure langue de la respecter.

On dit

On ne dit pas

À qui pensez-vous ?

Viendrez-vous demain ?

Vous pensez à qui ? 

Vous viendrez demain ?

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