Dire, ne pas dire

Muter

Le 7 janvier 2021

Néologismes & anglicismes

Il existe deux verbes muter en français ; le plus en usage, emprunté du latin mutare, « changer, modifier », est apparu au xve siècle et signifie que l’on affecte quelqu’un à un autre poste, à un autre service. Au xxe siècle, en devenant intransitif, il s’est aussi employé, en biologie, avec le sens de « subir une ou plusieurs mutations ». Le deuxième, plus rare, est apparu au xviiie siècle dans la langue de l’œnologie ; il s’emploie pour indiquer que l’on arrête la fermentation alcoolique d’un moût de raisin par l’addition de certaines substances. Il est dérivé de muet, cet adjectif pouvant en effet qualifier un vin fait avec un tel moût (on trouvait d’ailleurs aussi la forme muetter au xixe siècle). À ces deux verbes muter, on essaie aujourd’hui d’en ajouter un troisième qui aurait le sens de « mettre (son téléphone) en sourdine » et qui est d’ailleurs parfois en concurrence avec la locution verbale « mettre en mute (son téléphone) ». Ces formes, muter et en mute, tirées de l’anglais mute, qui vient, comme le français « muet », du latin mutus, ne sont pas nécessaires ; nous avons en effet déjà deux verbes muter et suffisamment de matériel linguistique pour dire que l’on rend son téléphone temporairement silencieux.

on dit

on ne dit pas

Couper le son de son téléphone ; mettre son téléphone sur « muet » ; mettre son téléphone en mode silencieux.

Muter son téléphone ; mettre son téléphone en mute