Dire, ne pas dire

Néologismes & anglicismes

Le Wellness

Le 6 avril 2018

Néologismes & anglicismes

Le nom wellness est apparu en anglais au milieu du xviie siècle. Composé à l’aide de l’adverbe well, « bien », et du suffixe de formation des noms -ness, il désigne un état ou une sensation de bien-être, d’harmonie, qui résulte d’une bonne santé physique et morale et s’oppose à illness, « maladie ». Cette disposition agréable du corps et de l’esprit, cette douce harmonie existait aussi chez nous, bien avant que, en ce début de xxie siècle, ce nom wellness ne serve à nous tenter et à nous inviter à fréquenter des établissements où l’on peut venir faire provision de bonheur. Sans doute ces établissements sont-ils en quelque sorte les descendants de ces salles qu’au xixe siècle le gymnaste français Hippolyte Triat avait baptisées « Temples de la régénération humaine ». Et gageons qu’avec des formes évoquées plus haut comme « bien-être », « harmonie », on pourrait, aujourd’hui, désigner les bienfaits que l’on y va chercher.

Ces remarques valent aussi pour fitness.

Responsif

Le 6 avril 2018

Néologismes & anglicismes

L’anglais responsive appartient d’abord à la langue de la psychologie et signifie « sensible, impressionnable ». On l’emploie aussi par extension dans certains domaines techniques, en particulier pour qualifier un moteur, un mécanisme, un dispositif qui obéit à une sollicitation, qui accomplit ce qui est exigé. Le français, dans ce cas, emploie le verbe répondre : La pédale de frein ne répond plus ou, elliptiquement, les freins ne répondent plus. On s’abstiendra donc d’user de l’anglicisme responsif, et plus encore si c’est pour lui donner des sens que le mot anglais n’a pas dans sa langue d’origine, ceux d’« adaptable » ou de « réactif ».

On dit

On ne dit pas

Un ordinateur adaptable

Un moteur qui répond bien

Un ordinateur responsif

Un moteur responsif

Pimper les légumes anciens

Le 2 mars 2018

Néologismes & anglicismes

Le nom anglais pimp désigne un proxénète ou, pour user d’une langue populaire, un maquereau, et le verbe to pimp signifie « faire le souteneur » ou, comme on le disait autrefois dans une langue plus verte, « maquereller ». Par quelque mystère dont les langues ont le secret, mais dans lequel entrent sans doute une once de pseudo-modernité et un soupçon de snobisme, ce verbe se retrouve maintenant sous sa forme francisée pimper (dans laquelle m se fait entendre) avec le sens de « mettre en valeur », voire de « faire valoir de manière affriolante ». On se gardera bien d’employer cet anglicisme, hélas largement répandu ces derniers temps dans nombre de magazines. Le français dispose de formes comme « mettre en valeur », « donner de l’éclat, du brillant », etc. qui peuvent rendre compte de cette idée et qu’il serait dommage de négliger. On pourrait recourir aussi à l’adjectif pimpant, tiré du verbe, aujourd’hui disparu, pimper, « orner, enjoliver », verbe que certains estiment être à l’origine de l’anglais to pimp.

on dit

on ne dit pas

Mettez en valeur vos légumes anciens

Comment donner de l’éclat à un vieux manteau

Pimpez vos légumes anciens

Comment pimper un vieux manteau

Tibère et les anglicismes

Le 2 mars 2018

Néologismes & anglicismes

Si l’on veut bien nous pardonner ce léger anachronisme, nous nous permettrons de citer ce passage des Vies des douze Césars, dans lequel Suétone rappelle l’attachement que Tibère portait à sa propre langue, particulièrement quand il s’exprimait en tant que chef d’État. Il n’est certes pas question de faire de cet empereur un parangon du politicien accompli, mais de rappeler qu’il n’est peut-être pas mauvais que les hommes d’État s’expriment dans la langue du pays dont ils ont la charge. Voici donc ce qu’écrit Suétone (Tibère, LXXI) : « Quoiqu’il parlât le grec couramment et sans peine, il n’en fit pas usage indifféremment partout, et s’en abstint surtout au Sénat, au point qu’avant de prononcer le mot monopole, il s’excusa d’être forcé de recourir à un terme étranger. Une autre fois même, comme il avait, durant la lecture d’un sénatus-consulte, entendu le mot emblema, il déclara qu’il fallait remplacer ce terme et chercher un mot latin pour le substituer à ce vocable étranger, ou, si l’on n’en trouvait pas traduire la chose même en plusieurs mots, en employant une périphrase. »

Être focus sur pour Être concentré, focalisé, polarisé sur

Le 1 février 2018

Néologismes & anglicismes

Le nom focus appartient au vocabulaire de l’optique et c’est uniquement dans ce domaine qu’il doit être employé. Il convient également de ne pas en faire un adjectif qui serait l’équivalent du participe passé, appartenant à la même famille étymologique, focalisé ou de formes synonymes comme concentré ou encore, pour prendre un terme de l’argot scolaire, polarisé, voire polar, son abréviation naguère en usage.

on dit

on ne dit pas

Il est concentré sur son travail

Ne restez pas focalisé sur ce point

Il est focus sur son travail

Ne restez pas focus sur ce point

Ranking

Le 1 février 2018

Néologismes & anglicismes

Le nom anglais ranking, « classement », est dérivé, par l’intermédiaire du verbe to rank, « classer, ranger », du nom rank, « rang, ordre, classement ». Ce dernier est emprunté de l’ancien français ranc, « ligne de soldats », puis « place, position dans un ordre, un classement ». L’une et l’autre langue, on le voit, ont à leur disposition les termes qu’il faut pour rendre compte de cette idée de classement, de rang. On se demande donc bien quelle mouche a piqué nombre de journalistes sportifs francophones qui emploient à longueur d’écrit le mot ranking dans leurs commentaires ou leurs articles. Les termes place, position, classement, rang existent ; il serait dommage de ne pas les employer.

on dit

on ne dit pas

Elle est troisième au classement actuel

C’est sa meilleure place

Elle est troisième au ranking actuel

C’est son meilleur ranking

Last minute

Le 9 janvier 2018

Néologismes & anglicismes

Les anglicismes que nous nous efforçons de combattre ont d’ardents défenseurs. Ceux-ci invoquent souvent la modernité, sans jamais la définir, même succinctement, ni expliquer en quoi, alors que la langue est un héritage, substituer une forme inconnue à une autre déjà en usage est un avantage ou un progrès. Ces mêmes défenseurs font aussi état de la rapidité et de la concision qui seraient l’apanage de l’anglais. Est-ce pour cela que se répand la locution last minute ? On en fait une locution universelle, ce que les Anglais ont déjà fait, en lui prêtant des emplois qu’elle n’a pas dans leur langue : elle est ainsi un attribut dans je suis un peu last minute pour je suis un peu en retard, mais elle peut aussi être un groupe adverbial, comme dans il a réagi trop last minute pour il a réagi trop tardivement ou elle s’est manifestée last minute, tous exemples où last minute pourrait être remplacé par son équivalent français « à la dernière minute ».

 

on dit

on ne dit pas

Il est arrivé à la gare à la dernière minute, au dernier moment

Il est arrivé à la gare last minute

 

Publiciser

Le 9 janvier 2018

Néologismes & anglicismes

Le verbe publiciser est une forme étrange et fautive. Il s’agit d’un emprunt à l’anglais to publicize, mais on ne lui donne pas le sens qu’il a dans cette langue, « faire de la publicité pour quelque chose », et aussi « ébruiter », en particulier une mauvaise action. Dans notre langue, on le trouve en effet tantôt avec le sens de « rendre public une entreprise, un secteur économique », ce que le français peut exprimer avec des verbes comme étatiser ou nationaliser, tantôt avec le sens de « rendre public », mais c’est oublier que publier signifie, entre autres, « rendre public et notoire ; faire connaître officiellement », et qu’existent aussi des verbes comme divulguer, révéler, etc. dont les sens sont similaires.

 

on dit

on ne dit pas

Le gouvernement songe à nationaliser les banques

L’information a été rendue publique par ce journal

Le gouvernement songe à publiciser les banques

L’information a été publicisée par ce journal

 

Néologismes et anglicismes en 1855

Le 7 décembre 2017

Néologismes & anglicismes

De nombreuses personnes sont inquiètes et agacées par la prolifération des anglicismes dans notre langue. Cette prolifération n’est pas récente. En témoigne cet extrait de l’Épître à Boileau sur les mots nouveaux, un texte que l’académicien Jean-Pons-Guillaume Viennet lut en séance publique de l’Institut en 1855, et dans lequel il s’efforce de défendre notre langue tout en se louant de la concorde qui grandit entre la France et l’Angleterre.

« On n’entend que des mots à déchirer le fer,

Le railway, le tunnel, le ballast, le tender,

Express, trucks, wagons ; une bouche française

Semble broyer du verre ou mâcher de la braise. […]

Certes de nos voisins l’alliance m’enchante,

Mais leur langue, à vrai dire, est trop envahissante

Faut-il pour cimenter un merveilleux accord

Changer l’arène en turf et le plaisir en sport,

Demander à des clubs l’aimable causerie,

Flétrir du nom de grooms nos valets d’écurie

Traiter nos cavaliers de gentlemen-riders ;

Et de Racine un jour parodiant les vers,

Montrer, au lieu de Phèdre, une lionne inglèse,

Qui, dans un handicap ou dans un steeple-chase,

Suit de l’œil un wagon de sportsmen escorté,

Et fuyant sur le turf par le truck emporté ? »

Le bon workout

Le 2 novembre 2017

Néologismes & anglicismes

Les noms processus et procédé disparaissent peu à peu des magazines. Ils sont concurrencés par le nom anglais process ; il en est de même pour le mot guide, quand il désigne un ouvrage renfermant des conseils d’ordre pratique, puisque l’on commence à lui substituer l’anglais workout. On déconseillera cet usage parce que des formes françaises existent pour traduire ces notions et aussi parce que cela reviendrait à donner à ce nom un sens qu’il n’a pas en anglais. En effet workout, apparu dans le monde du sport à la fin du xixe siècle, ne signifie pas « manière de faire, guide pratique », ou « conseil », mais « entraînement ».

 

On dit

On ne dit pas

La bonne méthode, le bon conseil

Le bon workout

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