Dire, ne pas dire

Néologismes & anglicismes

Crush pour Béguin

Le 5 juillet 2018

Néologismes & anglicismes

Le verbe anglais to crush, « écraser, broyer », est emprunté de l’ancien français cruisir, une des nombreuses variantes de croissir, « rompre, casser, briser, détruire ». De to crush a été tiré le nom crush, « foule, cohue, bousculade », mais aussi « béguin, coup de cœur, engouement » que l’on trouve dans la locution to have a crush on someone. Un tel glissement de sens n’est pas sans rappeler celui du français craquer pour quelqu’un, « céder à l’attrait d’une personne, d’un objet ». Dans la mesure où le français a à sa disposition de nombreux termes pour désigner ces attractions, le plus souvent passagères, on réservera crush à l’anglais.

On dit

On ne dit pas

Avoir un petit faible, un penchant pour quelqu’un ; en pincer pour quelqu’un, avoir le béguin pour quelqu’un

Avoir un crush pour quelqu’un

Meilleurs messages

Le 5 juillet 2018

Néologismes & anglicismes

Il est fréquent de rencontrer dans la correspondance anglaise des formules de politesse comprenant l’adjectif best, « meilleur », comme best wishes, littéralement « meilleurs vœux », ou best thoughts, « meilleures pensées ». Ce sont là des tours propres à la langue anglaise, et qu’il convient de lui réserver. On évitera donc de les importer ou de les adapter maladroitement à notre langue et l’on se gardera particulièrement du peu compréhensible meilleurs messages. Le français a suffisamment de formules de politesse correctes pour qu’il ne soit pas nécessaire d’en créer de fautives.

Glittez votre café

Le 7 juin 2018

Néologismes & anglicismes

Le mot anglais glitter peut être un verbe et signifier « briller, étinceler, chatoyer » ; ce peut aussi être un nom signifiant « scintillement, splendeur, éclat » et, au pluriel, « paillettes ». Il entre également dans la composition du mot-valise anglais glitterati, que nous pourrions traduire par « le beau monde ». Mais depuis quelques temps certains publicitaires nous invitent à glitter notre café au lait ou notre cappuccino (on francise alors la forme anglaise pour en faire un verbe du premier groupe), ou encore à dessiner un glitter (on prononce alors à l’anglaise glitteur) café. Dans le premier cas, il s’agit de le saupoudrer de paillettes ; dans le second cas, la locution glitter café désigne le résultat obtenu. La promotion de ces activités manuelles est louable, mais elle ne le serait pas moins si elle se faisait en français.

Un point sept (1.7) pour Un virgule sept (1,7)

Le 7 juin 2018

Néologismes & anglicismes

Les langues se distinguent les unes des autres essentiellement par le vocabulaire et la grammaire ; mais d’un pays à l’autre, les codes typographiques peuvent aussi varier. On le voit quand on écrit des nombres décimaux. Dans ceux-ci, la partie entière, qui correspond aux unités, et la partie décimale, qui exprime les sous-multiples décimaux de l’unité, sont séparées par une virgule, comme 3,14 ; 1,7 ; 21,78 etc. On parle d’ailleurs souvent d’opérations dont on demande le résultat avec un, deux, trois, etc. chiffres après la virgule. On veillera donc bien à ne pas séparer ces deux parties par un point, quand bien même cela se ferait chez nos amis anglais.

On dit

On ne dit pas

Une planche de deux virgule huit (2,8) mètres de long

Trois virgule cinq (3,5) millions d’euros

10 384,27 grammes

Une planche de deux point huit (2.8) mètres de long

Trois point cinq (3.5) millions d’euros

10384.27 grammes

À date au sens d’À ce jour, pour l’instant

Le 4 mai 2018

Néologismes & anglicismes

Les mots à date se rencontrent dans des groupes nominaux comme à date fixe, à date régulière, à date ancienne, etc., et ces emplois sont réguliers ; mais il faut bien se garder de faire d’à date une locution adverbiale à laquelle on donnerait le sens de « pour l’instant » ou d’« à ce jour ».

On dit

On ne dit pas

Pour l’instant les travaux ne sont pas terminés

À date les travaux ne sont pas terminés

Crypter

Le 4 mai 2018

Néologismes & anglicismes

L’emploi toujours plus répandu des outils informatiques a entraîné un emploi lui aussi toujours plus répandu du verbe crypter. Même si ce verbe n’est pas vraiment une hérésie puisqu’il correspond à décrypter, comme chiffrer correspond à déchiffrer, et que l’employer n’a rien de scandaleux, on rappellera que l’usage et la norme veulent que l’on utilise chiffrer, cryptographier, coder ou encoder. Crypter est donc à éviter, même s’il se trouve dans certains dictionnaires, et l’on rappellera que dans le domaine diplomatique on ne doit dire que chiffrer une dépêche.

 

On dit mieux

On dit parfois

Un message codé

Un message crypté

Le Wellness

Le 6 avril 2018

Néologismes & anglicismes

Le nom wellness est apparu en anglais au milieu du xviie siècle. Composé à l’aide de l’adverbe well, « bien », et du suffixe de formation des noms -ness, il désigne un état ou une sensation de bien-être, d’harmonie, qui résulte d’une bonne santé physique et morale et s’oppose à illness, « maladie ». Cette disposition agréable du corps et de l’esprit, cette douce harmonie existait aussi chez nous, bien avant que, en ce début de xxie siècle, ce nom wellness ne serve à nous tenter et à nous inviter à fréquenter des établissements où l’on peut venir faire provision de bonheur. Sans doute ces établissements sont-ils en quelque sorte les descendants de ces salles qu’au xixe siècle le gymnaste français Hippolyte Triat avait baptisées « Temples de la régénération humaine ». Et gageons qu’avec des formes évoquées plus haut comme « bien-être », « harmonie », on pourrait, aujourd’hui, désigner les bienfaits que l’on y va chercher.

Ces remarques valent aussi pour fitness.

Responsif

Le 6 avril 2018

Néologismes & anglicismes

L’anglais responsive appartient d’abord à la langue de la psychologie et signifie « sensible, impressionnable ». On l’emploie aussi par extension dans certains domaines techniques, en particulier pour qualifier un moteur, un mécanisme, un dispositif qui obéit à une sollicitation, qui accomplit ce qui est exigé. Le français, dans ce cas, emploie le verbe répondre : La pédale de frein ne répond plus ou, elliptiquement, les freins ne répondent plus. On s’abstiendra donc d’user de l’anglicisme responsif, et plus encore si c’est pour lui donner des sens que le mot anglais n’a pas dans sa langue d’origine, ceux d’« adaptable » ou de « réactif ».

On dit

On ne dit pas

Un ordinateur adaptable

Un moteur qui répond bien

Un ordinateur responsif

Un moteur responsif

Pimper les légumes anciens

Le 2 mars 2018

Néologismes & anglicismes

Le nom anglais pimp désigne un proxénète ou, pour user d’une langue populaire, un maquereau, et le verbe to pimp signifie « faire le souteneur » ou, comme on le disait autrefois dans une langue plus verte, « maquereller ». Par quelque mystère dont les langues ont le secret, mais dans lequel entrent sans doute une once de pseudo-modernité et un soupçon de snobisme, ce verbe se retrouve maintenant sous sa forme francisée pimper (dans laquelle m se fait entendre) avec le sens de « mettre en valeur », voire de « faire valoir de manière affriolante ». On se gardera bien d’employer cet anglicisme, hélas largement répandu ces derniers temps dans nombre de magazines. Le français dispose de formes comme « mettre en valeur », « donner de l’éclat, du brillant », etc. qui peuvent rendre compte de cette idée et qu’il serait dommage de négliger. On pourrait recourir aussi à l’adjectif pimpant, tiré du verbe, aujourd’hui disparu, pimper, « orner, enjoliver », verbe que certains estiment être à l’origine de l’anglais to pimp.

on dit

on ne dit pas

Mettez en valeur vos légumes anciens

Comment donner de l’éclat à un vieux manteau

Pimpez vos légumes anciens

Comment pimper un vieux manteau

Tibère et les anglicismes

Le 2 mars 2018

Néologismes & anglicismes

Si l’on veut bien nous pardonner ce léger anachronisme, nous nous permettrons de citer ce passage des Vies des douze Césars, dans lequel Suétone rappelle l’attachement que Tibère portait à sa propre langue, particulièrement quand il s’exprimait en tant que chef d’État. Il n’est certes pas question de faire de cet empereur un parangon du politicien accompli, mais de rappeler qu’il n’est peut-être pas mauvais que les hommes d’État s’expriment dans la langue du pays dont ils ont la charge. Voici donc ce qu’écrit Suétone (Tibère, LXXI) : « Quoiqu’il parlât le grec couramment et sans peine, il n’en fit pas usage indifféremment partout, et s’en abstint surtout au Sénat, au point qu’avant de prononcer le mot monopole, il s’excusa d’être forcé de recourir à un terme étranger. Une autre fois même, comme il avait, durant la lecture d’un sénatus-consulte, entendu le mot emblema, il déclara qu’il fallait remplacer ce terme et chercher un mot latin pour le substituer à ce vocable étranger, ou, si l’on n’en trouvait pas traduire la chose même en plusieurs mots, en employant une périphrase. »

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