Dire, ne pas dire

Néologismes & anglicismes

Make up artist

Le 07 septembre 2017

Néologismes & anglicismes

De nombreux artistes parlent de leur pratique avec une grande modestie et certains d’entre eux vont parfois jusqu’à refuser ce titre d’artistes, préférant se faire appeler artisans. Est-ce pour cette raison et parce que, en quelque sorte, la nature a horreur du vide, que de plus en plus de revues et d’annonces publicitaires font de certains artisans des artistes ? Ce phénomène n’est pas rare dans le monde de la mode et dans tout ce qui touche aux soins du corps. Mais on constate aussi que ce changement de dénomination s’accompagne en outre d’un changement de langue : on a vu apparaître, depuis peu, des locutions comme make up artist, nail artist ou tatoo artist pour désigner des maquilleurs, des manucures ou des tatoueurs. Que toutes ces personnes puissent être des artistes est certain, et dans un film justement intitulé Le Tatoué, Denys de la Patellière prêtait une activité de tatoueur à Modigliani, mais il conviendrait de remplacer cette apposition, artist, par son équivalent français « artiste » ou par une locution comme « de talent » et il ne serait pas inutile de redonner à ces métiers leur nom français.

 

On dit

On ne dit pas

Un grand maquilleur

Une habile manucure

Un tatoueur de talent

Un make up artist

Une nail artist

Un tatoo artist

Too much

Le 07 septembre 2017

Néologismes & anglicismes

Nous avons déjà traité dans cette rubrique l’extension abusive qui consistait à donner à l’adverbe trop le sens de très. Il est évident que cette extension abusive n’est en rien légitimée si la forme française trop est remplacée par l’anglais too much. Ce dernier, comme son homologue français, est d’une grande imprécision. On le rencontre comme adverbe, c’est too much, ça commence à faire too much, ou comme adjectif invariable de sens obscur, elles sont too much. On évitera donc de remplacer une forme française incorrecte par une forme anglaise qui ne l’est pas moins et on s’efforcera de trouver à ces mots des équivalents plus précis.

Backstage

Le 07 juillet 2017

Néologismes & anglicismes

Le mot backstage est apparu en anglais à la fin du xixe siècle. C’est un composé de back, « derrière, en arrière » et de stage, au sens de « scène ». Comment ne pas avoir de tendresse pour cette forme que l’anglais a empruntée du français étage quand ce dernier s’écrivait encore estage ? Mais que cette tendresse ne nous empêche pas de constater que ce mot est inutile en français puisque des formes françaises équivalentes existent depuis longtemps déjà, que backstage soit employé adverbialement, qu’il entre dans la locution adverbiale en backstage, ou qu’on l’utilise comme nom, le plus souvent au pluriel, les backstages. Dans tous ces cas backstage pourra être remplacé avantageusement par son équivalent français « coulisse ».

on dit

on ne dit pas

Les coulisses d’un défilé de mode

Assister à un spectacle en coulisse

Les négociations se sont passées en coulisses

Les backstages d’un défilé de mode

Assister à un concert en backstage

Les négociations se sont passées backstage

 

Task force

Le 07 juillet 2017

Néologismes & anglicismes

Du latin médiéval tasca, qui désignait une redevance due au propriétaire pour des champs obtenus par la mise en valeur de terres vierges, sont issus le français tâche et l’anglais task. Comme ils ont la même origine, il n’est guère étonnant qu’ils aient le même sens, task signifiant en effet « besogne, tâche, devoir, travail ». Ce nom entre dans de nombreuses locutions, dont task force. Dans le monde militaire, cette locution désigne un corps expéditionnaire ; en dehors de cet emploi, task force est l’équivalent de « force opérationnelle, groupe de travail », ou « commission ». Il est donc loisible de penser que l’emploi de cet anglicisme est inutile et c’est donc les formes françaises en usage que l’on recommandera.

Dirigeance pour Direction

Le 01 juin 2017

Néologismes & anglicismes

Le nom dirigeance est un néologisme qui ressortit à la sociologie du travail. Il désigne ce qui touche à la direction d’une organisation, en particulier d’une entreprise. Il appartient donc au vocabulaire des sciences humaines, et s’il est parfaitement correct dans ce cadre, on ne doit pas en faire un synonyme vague et ampoulé de direction.

 

on dit

on ne dit pas

Assurer la direction d’une entreprise

Se voir confier la direction des opérations

Assurer la dirigeance d’une entreprise

Se voir confier la dirigeance des opérations

 

Impeachment, empêchement

Le 01 juin 2017

Néologismes & anglicismes

En droit constitutionnel français, l’empêchement est une interruption des fonctions du chef de l’État et, selon les termes de la Constitution de 1958, l’empêchement doit être constaté par le Conseil constitutionnel sur la demande du gouvernement. L’empêchement peut être provisoire, en cas de maladie, d’enlèvement, de disparition temporaire ou définitif en cas de trahison, de démence, de déchéance physique grave et irréversible,…

L’empêchement est donc un faux-ami de l’anglais impeachment, qui désigne, dans d’autres États, une procédure de mise en accusation d’un haut personnage, visant à son procès (impeachment trial) et, éventuellement, à sa destitution. On se gardera donc bien de confondre ces deux termes, même si le second est issu du premier, qui appartiennent à deux langues et à deux systèmes constitutionnels différents.

Fake news

Le 04 mai 2017

Néologismes & anglicismes

Depuis plusieurs mois l’expression fake news s’est largement répandue en France. Celle-ci nous vient des États-Unis et nombre de commentateurs et de journalistes semblent avoir des difficultés pour lui trouver un équivalent français. Pourtant, ne serait-il pas possible d’user de termes comme bobard, boniments, contre-vérité, mensonge, ragot, tromperie, trucage ?

 

on dit

on ne dit pas

La prolifération des contre-vérités

Alimenter la presse en ragots

La prolifération des fake news

Alimenter la presse en fake news

 

Mettre dans la loop pour Tenir au courant

Le 04 mai 2017

Néologismes & anglicismes

Les formes anglaises loop et to loop signifient « boucle » et « faire une boucle ». Elles entrent dans l’expression looping the loop, « action de boucler la boucle », à l’origine du nom looping, apparu il y a plus d’un siècle et d’abord employé pour désigner la figure en forme de boucle réalisée par des cyclistes acrobates dans des cabarets, puis celle que réalisent des aviateurs. Mais, depuis peu, on lit et on entend une étrange expression mêlant français et anglais, mettre dans la loop. Dans ce cas, loop a le sens de circuit d’information, et cette expression signifie « tenir au courant ». C’est donc cette forme que l’on choisira, ou une tournure équivalente, pour éviter cet hybride incongru.

 

on dit

on ne dit pas

Tenir ses collègues au courant

Gardez-moi informé

Mettre ses collègues dans la loop

Gardez-moi dans la loop

 

Green tech verte

Le 06 avril 2017

Néologismes & anglicismes

Au début des années 1970, les mouvements écologistes commencèrent à se structurer. Ce fut particulièrement le cas en Allemagne, qui vit la naissance des Grünen, « les Verts ». De nombreux pays adoptèrent alors, après l’avoir traduit, ce nom et adjectif. Il existe ainsi un parti vert européen, qui regroupe nombre de partis nationaux. On trouve les Groen en Belgique néerlandophone, les Zelenite en Bulgarie, Iniciativa per Catalunya verds en Catalogne, les Prasinoi en Grèce, Comhaontas glas (ou Green party) en Irlande, la Federazione dei Verdi en Italie, les Gréng au Luxembourg, le Partidul verde en Moldavie et en Roumanie, les Grœne en Norvège, les Groenen aux Pays-Bas, les Zieloni en Pologne, le Green Party en Angleterre, Zelenaya Alternativa (Alternative verte) en Russie, Strana Zelenych en Slovaquie et en République tchèque, les Gröna en Suède, et le Partija Zelenykh en Ukraine. Cette liste nous permet de faire un peu de grammaire comparée et de noter qu’il existe trois racines principales pour dire « vert » : une racine latine ver-, une racine germano-nordique en gr- et une racine slave en zelen- (sans oublier le grec prasinos, signifiant proprement « qui a la couleur d’un poireau »).

Force est donc de constater qu’il est possible d’utiliser cet adjectif dans sa propre langue et l’on se demande pourquoi un organisme officiel français, dont une des tâches consiste à se battre pour la diversité, utilise sur son site l’expression Green tech, à laquelle il ajoute, de plus, un étrange et redondant verte pour évoquer « la technologie verte » !

Hospitalités

Le 06 avril 2017

Néologismes & anglicismes

Le nom hospitalité s’emploie en français au singulier. Il désigne le lien de réciprocité qui existait entre des personnes, des familles ou des villes de l’Antiquité en vertu duquel on rendait à un hôte l’hébergement qu’il vous avait accordé. Il désigne aussi et plus couramment le fait d’offrir à ses hôtes le vivre et le couvert, et la grâce que l’on met à le faire. Les locutions anglaises hospitality room ou hospitality suite, désignant un salon de réception où l’on sert des rafraîchissements lors de quelque manifestation, ont visiblement donné naissance à un surprenant néologisme, hospitalités. On commence en effet à entendre et lire ce terme ici ou là, dans des dépliants publicitaires qui vantent les offres de restauration ou d’hébergement d’un lieu pour inciter le public à s’y rendre. On évitera de recourir à cet anglicisme et on lui préfèrera des périphrases plus éclairantes et plus conformes au génie de notre langue.

on dit

on ne dit pas

Le site dispose de nombreuses possibilités de restauration et d’hébergement

Les prestations concernant le logement, la restauration des clients

Le site dispose de nombreuses hospitalités

Les prestations d’hospitalités

 

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