Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Bernard L. (France)

Le 8 juillet 2013

Courrier des internautes

Les médias sportifs utilisent souvent l’expression « jouer telle équipe » au lieu de « jouer contre telle équipe ».

Quelle est la bonne expression en français ?

Bernard L. (France)

L’Académie répond

On dit aujourd’hui « Jouer contre telle équipe ». Mais, en parlant de son adversaire, on disait autrefois, au jeu de paume : Jouer quelqu’un par-dessus la jambe.

Il peut aussi s’agir d’analogie avec des formes comme boxer un adversaire.

Dominique M. (Nice)

Le 8 juillet 2013

Courrier des internautes

Je tiens, à tort ou à raison, pour barbare ou, à tout le moins, incorrect, ce début de phrase que j’entends parfois : « Je ne sache pas que ... ».

Il me plairait de savoir ce qu’il en est exactement. Grand merci à vous de bien vouloir m’éclairer.

Dominique M. (Nice)

L’Académie répond

Cette forme n’est pas incorrecte ; elle est vieillie ou littéraire et signifie Je suis certain que. On trouve ainsi, dans la correspondance de Chateaubriand : « Je ne sache pas que jusqu’à présent, on eût jamais vu en France, sous la monarchie légitime, des chambres, des ministres responsables, un budget… »

On emploie en effet, dans une langue soignée le subjonctif présent à la première personne du singulier quand le verbe porte sur une restriction, une affirmation ou une négation atténuée.

Joséphine G. (France)

Le 8 juillet 2013

Courrier des internautes

J’entends souvent l’expression « faire de l’essence » utilisée dans le sens de « faire le plein », et cela a tendance à m’agacer.

Certaines personnes à qui j’en fais la remarque me disent que c’est une expression courante et usuelle qui emploie « faire » dans le sens de « se procurer, obtenir », comme pour les expressions « faire de la monnaie / du bois », mais je ne pense pas qu’elle soit correcte. Pouvez-vous me le confirmer ?

Joséphine G. (France)

L’Académie répond

Cette expression n’est, en effet, pas de très bonne langue, on dira plutôt faire le plein d’essence. Dans son Journal (2011), R. Camus écrit : « [Je crois l’expression Faire de l’essence] d’origine géographique. On pourrait faire des cartes des régions où l’on dit faire de l’essence et de celles où l’on préfère prendre de l’essence. Cela dit, l’origine de faire de l’essence est pour moi très mystérieuse. » Elle est en effet employée aussi bien dans le Nord que dans le Roussillon, et ailleurs.

Alexandre C. (Perpignan)

Le 6 juin 2013

Courrier des internautes

Je m’interroge (et ne parviens pas à me répondre !). Voici :

Faut-il dire « ne m’en veuillez pas » ou « ne m’en voulez pas » ?

S’il faut dire « ne m’en voulez pas », pourquoi dit-on « veuillez trouver ci-joint votre éléphant apprivoisé », et non « voulez trouver ci-joint votre éléphant apprivoisé » ?

Alexandre C. (Perpignan, 15 février)

L’Académie répond

Les formes courantes sont veuille, veuillez. Elles sont devenues des formules de politesse : Veuillez vous asseoir. Les autres, veux, (voulons), voulez, sont très rares à la forme affirmative (sens fort). Elles font appel à une ferme volonté et s’emploient surtout avec une négation : Ne m’en voulez pas. Mais on dit fort bien et beaucoup plus souvent : Ne m’en veuille pas, ne m’en veuillez pas.

Bangaly K. (Côte d’Ivoire)

Le 6 juin 2013

Courrier des internautes

J’aimerais savoir s’il faut dire « prendre une voiture, un bus... » ou « emprunter une voiture, un bus... ».

Bangaly K. (Côte d’Ivoire, 15 février)

L’Académie répond

Avec un moyen de transport, on utilise le verbe prendre dans le sens d’utiliser.

Dans ce cas, prendre et emprunter sont synonymes, mais prendre est beaucoup plus courant : Prendre le train, l’avion, le bus, le métro.

Emprunter se rencontre parfois : Les voyageurs sont invités à emprunter les voitures de queue.

Mais force est de constater qu’aujourd’hui emprunter s’emploie beaucoup plus avec le sens de « se faire prêter » : Emprunter une bicyclette, emprunter une voiture à un ami.

Claudia P. (France)

Le 6 juin 2013

Courrier des internautes

Mon travail consiste à transcrire, par écrit, des auditions de personnes (au sein de commissions, de conseils municipaux, de comités d’entreprise...). Je ne trouve pas de règle d’orthographe ou grammaticale concernant l’emploi de « que l’on » ou « qu’on », par exemple dans « il souhaite que l’on franchisse une étape... ». Est-ce correct, aussi, d’écrire « qu’on » ?

Je rappelle qu’il s’agit d’une transcription d’un document oral vers un document écrit.

Pour tout dire de mes recherches, dans leurs phrases explicatives des règles, les auteurs du Bescherelle écrivent « Lorsque l’on veut... ».

Claudia P. (France, 1er janvier)

L’Académie répond

Nous précisions à l’article On de notre Dictionnaire (consultable gratuitement en ligne) :

ON Tiré du latin homo, « homme ».

De son origine nominale, On a gardé la possibilité d’être précédé de l’article élidé l’. Le choix de cette forme tient aujourd’hui à une volonté d’élégance ou à certains usages liés à l’euphonie, notamment lorsqu’on veut éviter un hiatus. L’on se rencontre fréquemment après et, où, ou, si, qui, que, et d’autres conjonctions ou pronoms, comme dans « Puisque l’on s’obstine », « Un pays où l’on parle espagnol », « Ce que l’on connaît ». Il s’emploie plus rarement en tête de phrase et n’est pas d’usage après le relatif dont ou à proximité d’un mot commençant par l. On emploiera alors la forme on, comme dans « Ce dont on peut s’étonner », « Ici, on loue des vélos ».

Rien ne vous empêche donc d’écrire « qu’on ».

Song P. (Paris)

Le 6 juin 2013

Courrier des internautes

J’avais une interrogation concernant la façon de dire « la ligne 1 du métro ».

Très fréquemment, on entend « la ligne une » alors qu’il me semblait que 1 étant un chiffre et non un article, il était par conséquent invariable et l’on devrait plutôt dire « la ligne un ».

Quelle serait votre recommandation ? Les deux usages sont-ils possibles ?

Song P. (Paris)

L’Académie répond

Dans le cas des numérotations, comme pour les pages par exemple, on doit dire en effet ligne un (comme page un), un n’étant pas l’article indéfini variable un, une mais un adjectif numéral cardinal employé comme ordinal. Comme un est le seul cardinal variable (un, une) en genre et qu’il varie aussi comme article indéfini, l’usage tend à le faire varier comme ordinal. Cela dit, la forme correcte est ligne un.

Gilles M. (Belgique)

Le 23 avril 2013

Courrier des internautes

À quelle époque apparaît le mot « Moyen Âge » ? l’adjectif moyen est-il un jugement de valeur ?

Gilles M. (Belgique, 23 avril)

L’Académie répond

Le mot « Moyen Âge » apparaît en 1640 sous la plume de Pierre de Marca. Il s’agit d’une transcription du latin de la Renaissance medium aevum, qui a aussi donné l’anglais middle age, l’allemand Mittelalter, l’espagnol Edad Media ou l’italien medioevo. Dans un premier temps il y a une hésitation entre moyen temps et moyen âge (on a la même hésitation en anglais entre middle time et middle age.)

Les humanistes latins hésitent, eux, entre des expressions synonymes media tempestas, media aetas, media antiquitas.

Moyen est le terme habituel ; dans ce cas, il signifie « intermédiaire ». Le fait que les humanistes de la Renaissance aient employé ce terme montre bien que, à leurs yeux, cette époque n’était qu’une transition peu intéressante entre deux grandes périodes, l’Antiquité et la Renaissance. Ces temps ont d’ailleurs été également appelés les âges gothiques et le ténébreux Moyen Âge.

Calixte F. (France)

Le 20 avril 2013

Courrier des internautes

Existe-t-il une distinction entre l’utilisation de « maman » et de « ma mère » pour parler de notre mère ?

« Aujourd’hui, maman est morte » ou « Aujourd’hui, ma mère est morte » ?

N’est-ce qu’une question d’éducation, d’époque, ou de style ?

Sinon, quel est le terme le plus approprié ?

Calixte F. (France, 20 avril)

L'Académie répond

Maman est un nom familier qui signale une proximité, presque une intimité entre celui qui parle et sa mère.

On le voit d’ailleurs bien dans L’Étranger, que vous citez. Le narrateur dit Maman quand il commence son récit, mais il est seul avec lui-même. Quand il cite le télégramme, il écrit Mère décédée et quand il demande un congé pour aller à l’enterrement, il parle de sa mère.

On évitera d’ailleurs de parler des mamans pour parler des mères de famille.

Nathalie R. (Sceau)

Le 13 avril 2013

Courrier des internautes

Partir à Jérusalem ou partir pour Jérusalem ?

Nathalie R. (Sceau, 13 avril)

L’Académie répond

Partir à a longtemps été condamné par les puristes.

Littré écrivait Il ne faut pas dire partir à la campagne, mais partir pour la campagne.

L’académicien et professeur de lettres Émile Faguet qualifiait partir à « d’affreux provincialisme de Paris ».

Abel Hermant le présentait comme un solécisme ignoble. Mais partir à, dont la construction est analogue à aller à, se trouve aujourd’hui chez les meilleurs auteurs et dans le Dictionnaire de l’Académie française.

On considère partir pour comme plus élégant et plus soutenu, mais partir à, plus familier, est également correct.

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