Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Jose M. (France)

Le 01 juin 2017

Courrier des internautes

Beaucoup d’hommes politiques disent : et donc. Fautif ou pas ?

Jose M. (France)

L’Académie répond :

Et donc n’est pas fautif, mais il ne faut pas en faire un tic de langage et il ne faut pas que ces deux conjonctions aient le même rôle. On lit par exemple, dans notre Dictionnaire, à l’article Porchaison : « État du sanglier lorsqu’il est le plus gros et donc le meilleur à consommer ».

Marianne F. (France)

Le 01 juin 2017

Courrier des internautes

On entend de plus en plus à la radio dans des publicités : « Interdit aux femmes enceintes et aux femmes allétantes ». Cette tournure me choque : pour moi allétant est un participe présent qui remplace « qui allètent ».

Pourriez-vous me dire si cette formulation est rentrée dans les mœurs ou s’il s’agit d’une faute de français s’il vous plaît ?

Marianne F. (France)

L’Académie répond :

Il faut écrire allaiter et allaitant (invariable comme participe présent, allaitant est variable en tant qu’adjectif verbal). On lit dans L’Alimentation humaine, de Raymond Lalanne (1942) : « Le manque d’albumines animales, en particulier, peut conduire aux accidents de dénutrition les plus graves, surtout chez les enfants et les adolescents, les femmes enceintes ou allaitantes. »

Nicolas P. (France)

Le 01 juin 2017

Courrier des internautes

Le terme « oppressif » et ses déclinaisons – oppressivement – sont-ils tolérés dans la langue française ?

En effet, je crains d’avoir affaire à un anglicisme.

Nicolas P. (France)

L’Académie répond :

L’adjectif « oppressif », dérivé d’oppresser (au sens ancien d’« opprimer »), est entré dans la 9e édition du Dictionnaire de l’Académie française, consultable gratuitement en ligne à l’adresse suivante : www.academie-francaise.fr.

Il est non seulement toléré mais tout à fait légitime pour signifier « qui opprime ; despotique » : des lois oppressives, un régime oppressif. En revanche, il ne doit pas s’employer au sens d’« oppressant ; qui gêne la respiration, qui angoisse » : il s’agirait alors d’un anglicisme.

Quant à l’adverbe oppressivement, il ne figure que dans quelques dictionnaires.

Patricia B. (France)

Le 01 juin 2017

Courrier des internautes

Bonjour, quelle est la bonne prononciation du O selon sa place dans un mot ?

Car j’entends, à la radio et ailleurs, prononcer pratiquement toujours le O fermé comme un O ouvert.

Seconde question : Doit-on dire « se moquer de quelqu’un » ou « moquer untel ».

Patricia B. (France)

L’Académie répond :

Vous pouvez indifféremment dire « Moquer quelqu’un » ou « Se moquer de lui ».

Quant à « o », il se prononce soit ouvert, comme dans mort, bord, robe, poste, soit fermé devant un s suivi d’une voyelle, comme dans close, rose, devant une consonne muette, comme dans croc, pot, et dans les cas où il est surmonté d’un accent circonflexe, comme dans pôle.

Rafik Z. (France)

Le 01 juin 2017

Courrier des internautes

Lors d’une conversation avec une amie je me suis rendu compte d’une erreur de français que nous sommes tous habitués à faire.

Tout du moins, il me semble que c’est bel et bien une erreur.

Le pluriel de « mal » est « maux ».

Mais pourquoi dit-on « ils sont pas mals », ne serait-ce pas plus correcte de dire « ils sont pas maux ».

Rafik Z. (France)

L’Académie répond :

Mal peut être un nom. Dans ce cas, son pluriel est maux. Mal est aussi un adverbe ; à ce titre il est invariable et le reste même quand il est employé adjectivement. On écrit donc : Ils ne sont pas mal ; on dirait de même : Ils sont vraiment très bien.

Jean-Christophe G. (France)

Le 04 mai 2017

Courrier des internautes

Nouvellement professeur de français, j’entends depuis le début de l’année l’expression « le côté + adjectif » de façon récurrente et déclinée à toutes les sauces. Par exemple : « son côté séducteur », « le côté pratique », « un côté humoristique », etc.

Est-ce que cette utilisation est correcte ? L’utilisation semble calquée sur « un aspect + adj ». Il me semble que dans la majorité des cas nous pouvons utiliser le nom correspondant (l’humour, la praticité ...) ou un nom approchant (le charme). Que préconisez-vous ?

Jean-Christophe G. (France)

L’Académie répond :

Rien n’interdit en soi d’employer le « côté + adjectif » : le côté gauche, le côté droit, le bon, le mauvais côté, le côté paternel, maternel.

Au sens particulier d’aspect, la chose est jugée familière par la 9e édition du Dictionnaire de l’Académie française lorsque c’est un nom, et non plus un adjectif, qui suit côté : ainsi « Il a un côté chevaleresque qui séduit » est jugé parfaitement correct alors que « Il a un côté chevalier servant qui séduit » serait plus cavalier, si j’ose dire.

Enfin, on trouve même chez Proust, l’usage de « côté + nom propre » puisqu’à un moment, le narrateur évoque « le côté Dostoïevski de Mme de Sévigné ».

Je comprends que vous soyez agacé par l’usage excessif de cette tournure qui pour être correcte n’en est pas moins, dans certains contextes, synonyme de paresse lexicale.

Marc E. (France)

Le 04 mai 2017

Courrier des internautes

Comment lit-on les grands nombres au-delà de milliard ?

Dit-on mille milliards ou bien billion ?

Dit-on trillion ou bien milliard de milliards ?

Marc E. (France)

L’Académie répond :

Les mots billion et trillion existent en français : ils signifient respectivement mille millions, ou aussi un million de millions, et mille milliard, ou aussi un milliard de milliards. De même, on trouve quadrillon, quintillion et sextillion.

Cependant, ces termes sont vieillis dans leur première acception, et rares dans leur deuxième.

Quant à billiard, trilliard, ils ne sont pas en usage en français.

Michel F. (France)

Le 04 mai 2017

Courrier des internautes

Je me permets de soumettre à votre avis le texte de l’article 353 du code de procédure pénale (l’un des plus beaux) où l’on trouve le passage suivant « quelle impression ont faite, sur leur raison, les preuves rapportées ... ».

L’accord du verbe « faire » dans le texte a en fait quelque chose de « choquant » à l’oreille. Je suppose que l’accord du participé passé conjugué avec le verbe avoir doit se faire avec le COD (impression) placé avant, cependant, çà ne sonne pas bien, compte-tenu du mélange de singulier et de pluriel « impression ont faite » et compte tenu du sujet placé après le verbe.

Au final, je me demande si cette tournure est vraiment correcte !

Michel F. (France)

L’Académie répond :

Je ne sais pas si la lecture de cet article vous a été suggéré par le récent roman de Tanguy Viel, mais vous avez raison, cet article du Code de procédure pénale est une merveille. L’accord est tout à fait correct car impression est le COD antéposé. Il est vrai que la proximité entre ce singulier et le verbe au pluriel a quelque chose de heurté. Une postposition du verbe aurait sans doute permis d’éviter cela mais alors c’est l’ordre des compléments et leur découpage qui aurait semblé hasardeux.

Samuël S. (France)

Le 04 mai 2017

Courrier des internautes

Peut-on dire « dresser la table » pour décrire l’action qui consiste à préparer la table du repas ?

Je suppose qu’il s’agit d’un anglicisme qui vient du verbe To dress « habiller, vêtir, déguiser » (comme on parle de dress code pour désigner un code vestimentaire). J’imagine l’usage approprié s’agissant d’une table de fête car celle-ci fait l’objet de soins particuliers quant à sa présentation contrairement à la table du repas quotidien. S’il s’agit d’un anglicisme, que peut-on utiliser à la place ? Préparer, mettre, parer…

Enfin, Léonie, ma fille de 15 ans, me fait aussi remarquer avec humour qu’il est difficile de manger sur une table dressée puisque celle-ci est la verticale. Dresser appartiendrait donc ici d’abord au vocabulaire de la géométrie.

Samuël S. (France)

L’Académie répond :

L’expression dresser la table n’est pas un anglicisme ; c’est au contraire le verbe to dress qui a été emprunté de l’ancien français drecier. Celui-ci est issu du latin tardif directiare, « redresser, mettre droit », un verbe dérivé de l’adjectif directus, lui-même à l’origine des doublets droit et direct.

Dresser au sens de « disposer comme il faut, installer » est attesté en français depuis le xiie siècle. On lit dans des textes de cette époque Le mangier... drechier. L’expression être dreciez signifiait, avec pour sujet une personne, « être servi à table ».

Sylvain P. (France)

Le 04 mai 2017

Courrier des internautes

Étonné en premier lieu d’avoir entendu cet adjectif dans une conversation, après quelques recherches dont le résultat me paraît douteux, je me, et donc vous, pose la question suivante : les adjectifs comprenable et incomprenable, existent-ils (oui d’après le Littré) et, si oui, quelle différence avec compréhensible et incompréhensible.

Sylvain P. (France)

 

L’Académie répond :

À ces adjectifs on doit préférer les formes en usage compréhensible et incompréhensible. À l’article incomprenable Littré écrit d’ailleurs : « On dit mieux incompréhensible ». Et à l’article comprenable : « Peu usité ».

Les exemples qu’ils donnent sont anciens, xve siècle, chez Christine de Pisan, pour celui-ci ; xvie siècle, chez Montaigne, pour celui-là.

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