Dire, ne pas dire

Courrier des internautes

Henry-Arnaud T. (Suisse)

Le 9 janvier 2020

Courrier des internautes

Ce soir avec ma classe d’adulte, nous sommes tombés sur les adjectifs saisonniers.

On dit donc (je simplifie un peu) :

« estival » pour « en été »,

« automnal » pour « en automne »

« hivernal » pour « en hiver »

« printanier » pour « au printemps ».

Pourquoi donc le printemps bénéficie-t-il de ce traitement de faveur ?

D’avance merci.

Henry-Arnaud T. (Suisse)

L’Académie répond :

Estival et automnal sont tirés de formes latines de même sens, aestivalis et autumnalis. Hivernal est dérivé du français hiver et printanier, de printemps. Mais il existe aussi en français deux autres adjectifs, empruntés du latin, pour qualifier ces saisons. Il s’agit de hiémal, emprunté de hiemalis, « d’hiver » et de vernal, emprunté de vernalis, « de printemps ».

Luc M. (France)

Le 9 janvier 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

Faut-il dire « c’est à eux de lui payer le salaire » ou bien « c’est à eux à lui payer le salaire » ?

Merci de votre réponse et de vos explications.

Luc M. (France)

L’Académie répond :

La construction c’est à vous à faire telle chose est littéraire. Le Dictionnaire de l’Académie (9e édition) propose, dans l’article faire, la phrase C’est à vous à faire que rien ne manque, qu’il qualifie de « classique ».

Elle réapparaît dans l’usage courant, mais elle ne présente pas de nuance de sens par rapport à la construction concurrente, qui utilise la préposition de.

Martin T. (France)

Le 9 janvier 2020

Courrier des internautes

Bonjour,

Si l’on m’a appris qu’il ne faut pas utiliser en français « Mr » et lui préférer « M. », j’ai cru lire un jour que l’Académie française ne l’interdisait pas.

Je vous serai très reconnaissant de bien vouloir actualiser mes connaissances.

Martin T. (France)

L’Académie répond :

La septième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1878) laissait le choix entre Mr et M. Littré, le Grand Dictionnaire de Pierre Larousse et, plus tard encore, le Larousse du xxe siècle faisaient de même. Mr a ensuite été considéré comme désuet, et la huitième édition (1935) du Dictionnaire de l’Académie ne mentionne plus que M. La neuvième édition, en cours de publication, réexaminera cette question, car Mr connaît une nouvelle faveur : on l’utilise pour éviter la confusion avec l’abréviation des prénoms masculins commençant par M.

Mr a sur M. un autre avantage : en composition typographique et associé, comme c’est souvent le cas, à Mme, il est plus agréable à l’œil puisque le r fait pendant avec le me de Mme. C’est particulièrement vrai quand on écrit le r et le me au-dessus de la ligne, selon le meilleur usage.

D’ailleurs les autres titres de civilités s’abrègent par retranchement médian et conservent leur dernière ou dernières lettres (Mme pour Madame, Mlle pour Mademoiselle, Mgr pour Monseigneur, Me pour Maître…), donc sans point abréviatif.

Si Mr pour Monsieur est très fréquent, Mrs pour Messieurs est plus rare. Cette forme, elle non plus, ne doit rien à l’anglais, puisque dans cette langue Mrs. signifie Madame. Mais ce risque de confusion n’est peut-être pas étranger à la relative désaffection de Mrs en français.

 

Sarah N. (France)

Le 9 janvier 2020

Courrier des internautes

Je travaille pour une collectivité territoriale. Suite à un jeu autour des mots et de l’orthographe, nous avons un désaccord avec certains collègues sur l’authenticité du mot : séduisable. Pouvez-vous me confirmer que ce mot n’existe pas dans notre langue française.

Sarah N. (France)

L’Académie répond :

Ce mot est un barbarisme. Les formes en -able sont liées à des verbes du 1er groupe. Les verbes en -duire font les adjectifs marquant une terminaison en -ctible : conductible, déductible, etc. Ce qui correspond à séduire est séductible. On trouve même inséductible, « qu’on ne peut séduire », chez Stendhal.

Christiane A. (États-Unis)

Le 5 décembre 2019

Courrier des internautes

Message : Je pensais que le mot « douzaine » était un anglicisme dans les expressions du type « une douzaine d’années » (au lieu d’une « dizaine d’années ») et que le mot devait être réservé pour les œufs, les escargots et les huîtres. Mais Le Grand Robert semble me contredire... Qu’en pensez-vous ? Dira-t-on « il y a une dizaine d’années » ou « il y a une douzaine d’années » ?

Christiane A. (États-Unis)

L’Académie répond :

Le mot douzaine est issu du nombre « douze », de la même manière que dizaine provient de « dix ». Par conséquent, il peut être utilisé pour désigner tout groupe rassemblant douze choses ou personnes définies et n’est pas limité aux œufs, aux escargots et aux huîtres.

Par ailleurs, l’emploi de « il y a une dizaine d’années » et de « il y a une douzaine d’années » dépendra de l’unité que vous souhaitez exprimer, les deux sont possibles, le premier restant nettement plus fréquent dans notre langue. Mais dans ces deux derniers cas, il s’agira d’une approximation et non d’un nombre exact.

Dominique M. (Pays-Bas)

Le 5 décembre 2019

Courrier des internautes

Nous sommes des apprenants de français langue étrangère aux Pays-Bas. Nous voudrions savoir si la langue française utilise aussi des mots néerlandais.

Dominique M. (Pays-Bas)

L’Académie répond :

Le plus fort contingent de mots français d’origine néerlandaise se rattache aux choses de la mer.

Ainsi :

affaler, aigrefin (poisson), amarrer, bac, bateau, beaupré, berme (de canal), bôme, cabillaud, cague, cajute, cambuse, caquer, clinfoc, coq (cuisinier), digue, dock, dogre, drège, droguerie (préparation du hareng), drogueur (pêcheur de hareng), dune, écoute, épisser, équiper, flibustier, foc, gréer, lamaneur, lest, locman, marsouin, matelot, merlin, mouette, quille, saur (fumé), stockfish, vase... On peut également citer : bouquin, brandevin, brodequin, calandre (charançon), cancrelat, cliver, colza, drille (soudard), étai (support), étape, faille (vêtement, étoffe), frelater, gripper, gruger, hobereau, houblon kermesse, lai, d’où layette, lambrequin, mannequin (petit panier), mannequin (figure de bois), plaque, scorbut, troussequin (de selle), vacarme, varlope, vilebrequin...

Karen C. (France)

Le 5 décembre 2019

Courrier des internautes

Peut-on dire « je mange du brebis », ou « je mange du chèvre » en parlant de fromage ?

Certains d’entre nous disent que cela ne se dit jamais, que c’est un abus de langue, même si dans le contexte on sait que l’on parle de fromage...

D’autres pensent que « manger du chèvre » est correct mais pas « manger du brebis ».

Karen C. (France)

L’Académie répond :

Force est de constater qu’à ce jour, seul le nom chèvre peut être employé par métonymie pour désigner le fromage fabriqué avec le lait de cet animal. L’usage accepte très bien manger du chèvre, acheter un chèvre, mais refuse manger du vache, acheter un vache, sans doute en raison de la très grande variété des fromages fabriqués avec du lait de vache. Il refuse aussi manger du brebis, acheter un brebis, sans doute pour la raison inverse ; le fromage de lait de brebis est moins courant, aussi garde-t-il l’appellation fromage de brebis.

Louis-Gabriel P. (Canada)

Le 5 décembre 2019

Courrier des internautes

Une question de français m’habite depuis une dizaine d’années. Elle concerne la phrase suivante :

« Rien n’est simple entre nous, mais ça ne veut pas dire que rien n’est impossible. »

Ai-je raison d’affirmer que la phrase est erronée, si on veut lui donner un caractère optimiste ?

Louis-Gabriel P. (Canada)

L’Académie répond :

Monsieur,

Votre analyse est juste. Il y a dans cette phrase une multiplication hasardeuse des tours négatifs : ne veut pas dire ; rien ; impossible.

Si on souhaite une lecture optimiste de cette phrase, il faut en effet écrire : cela ne veut pas dire que rien n’est possible.

Pascal T. (France)

Le 5 décembre 2019

Courrier des internautes

Sauriez-vous ce que signifient les mots suivants (ce sont des outils anciens) : leigu, feunate, lopinière, touyon et bouterolle.

Merci d’avance de votre réponse.

Pascal T. (France)

L’Académie répond :

Le touyon est un chaudron utilisé pour cuire la potée des porcs. C’est un nom régional des Vosges.

La lopinière est le nom d’une tenaille de maréchal-ferrant à mors épais pour saisir les lopins (c’est-à-dire des morceaux de fer destinés à être façonnés en fer à cheval).

Le leigu est une pioche.

Feunate désigne une fourche à fumier en Lorraine.

Bouterolle désigne plusieurs outils. Ce nom est donné à une matrice utilisée pour former la tête des clous sur une cloutière. C’est aussi un marteau de forge, à nez pointu et creux.

Dans l’art vétérinaire, c’est un fer à cautériser, utilisé après qu’on a coupé la queue d’un animal, en particulier d’un cheval. Chauffé au rouge et approché de la coupure il arrête l’écoulement du sang et favorise la cicatrisation ; on l’appelle aussi « brûle-queue. »

La bouterolle de bijoutier est un petit outil à tête sphérique en bois très dur ou en acier permettant d’emboutir des petits volumes sur un tas spécifique dit dé à emboutir.

Enfin la bouterolle de tonnelier est une sorte de poinçon destiné à arrondir les têtes de rivets assujettissant les cerclages de fer.

Nous avons tiré toutes ces informations de l’excellent Dictionnaire des outils de Daniel Boucard.

Pherton C. (Haïti)

Le 5 décembre 2019

Courrier des internautes

Pourquoi appelle-t-on le français la langue de Molière... ?

Pherton C. (Haïti)

L’Académie répond :

On appelle le français la langue de Molière parce que l’on considère que son œuvre est la meilleure illustration de la beauté de cette langue. On appelle de même l’anglais la langue de Shakespeare ; l’allemand la langue de Goethe ; l’espagnol la langue de Cervantès et l’italien la langue de Dante.

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